| Titre | Le lexique subjectif d'Emir Kusturica |
|---|---|
| Auteur | Matthieu Dhennin |
| Editeur | L'Âge d'Homme |
| Langue | français |
| Parution | 9 juin 2006 |
Ce livre s'intéresse davantage à l'homme qu'à son œuvre, et essaie de brosser un portrait fait de contrastes, d'histoires petites ou grandes, d'oppositions, de heurts, d'amitiés, bref, un recueil d'anecdotes et d'extraits d'interviews qui devraient permettre à chacun de mieux comprendre celui qui se cache derrière ses films. Construit sous forme d'hommage au Dictionnaire Khazar de Milorad Pavić, le livre est écrit sous forme lexicale, ce qui en autorise une lecture linéaire ou transversale, au grès des rencontres, au choix du lecteur. Complémentaire au site internet, le livre devrait encore apprendre beaucoup de choses à ceux qui en ont lu la totalité des pages, et inversement.
Le lexique subjectif d'Emir Kusturica est un portrait à entrées multiples du réalisateur sarajevin. Si ses films sont souvent connus et reconnus, l'homme reste une énigme, jugé hâtivement, mal compris du fait de longs silences ou de déclarations sorties de leur contexte, d'amalgames, ou d'attaques systématiques de la part de personnalités diverses. Le propos de cet ouvrage est justement de remettre les déclarations dans leur contexte, et de dessiner au fil d'anecdotes, d'histoires petites ou grandes, un tableau en plusieurs dimensions, d'offrir sur Emir Kusturica un regard multiple, voire contradictoire, mais finalement cohérent.
Livre bleu - sources françaises
Kusturica, Emir - Réalisateur, acteur et musicien d'origine bosniaque, surtout connu pour ses films baroques sur les Gitans ou la guerre en Yougoslavie, avec des musiques de Goran Bregović.
Livre rouge - sources balkaniques
Kusturica, Emir - Réalisateur et producteur serbe, surtout connu pour son engagement intellectuel et ses prises de position radicales dans ses films.
Livre blanc - sources diverses
Kusturica, Emir - Réalisateur yougoslave, surtout connu pour avoir gagné deux fois la Palme d'Or au festival de Cannes.
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Conversation sur les Balkans, Kusturica et la littérature yougoslave… avec Babsi Jones
Cette interview-conversation fut réalisée par la journaliste et écrivain italienne Babsi Jones pour le site Carmilla on line.
Traduction française par Matthieu Dhennin, à partir de la version anglaise de Pino.
Emir commence à stresser, 9 Novembre. Emir annonce qu'il est prêt à renoncer à son salaire, 10 Novembre. Emir se lève de plus en plus tard, il arrive sur la plateau en fin d'après midi et improvise, 17 Novembre. La tension entre les acteurs est à son comble, Emir fait tout pour l'accentuer, 19 Novembre. Emir avait promis qu'il ferait des coupes dans le scenario, mais il ne cesse d'ajouter de nouvelles pages, 24 Novembre. Emir est nerveux, il n'arrête pas de dire qu'il ne peut pas travailler plus vite que cela, 10 Décembre. Emir est très déprimé, la situation en Bosnie pèse sur lui, 14 Décembre. Emir erre les couloirs, marmonnant qu'il a des problèmes existentiels, 11 Janvier. A chaque fois qu'Emir sort prendre un café, on a peur qu'il ne revienne pas, 26 Janvier.
Ce sont de couts extraits du journal hilarant que Pierre Spengler a tenu en 1993 pendant le tournage de ce qui est toujours le plus grand chef d'oeuvre de l'histoire du cinéma yougoslave : “Underground”. Travailler avec Kusturica, le génie né en 1954 à Sarajevo et qui a fait l'école de Miloš Forman à Prague, est un cauchemar pour de nombreuses personnes. J'ai rencontré Kusturica trois fois. L'une de ces rencontres était lors de la conférence de presse à la salle Anteo à Milan : le réalisateur, tout en oubliant de parler de la tournée “Dommages collatéraux” de son groupe le No Smoking Orchestra, a régalé le public pendant plus d'une heure avec d'incroyables histoires sur des porcs se régalant de vieilles Trabants et des anecdotes sur des oeufs cassés. Il était en train de monter “Super 8 Stories”, un documentaire en Super 8 qui n'a pas eu le succès qu'il méritait. Les idées de Kusturica suscitent parfois la provocation ; le pire a déjà été dit sur lui, jusqu'au fait qu'il travaillait pour le KOS, les services secrets yougoslaves ; la base de son travail, plus irréaliste que surréaliste, est clairement épique mais de grande portée de par le sarcasme et la farce ; il remarque ironiquement que “c'est comme Shakespeare, sans Shakespeare” ; le cadre temporel de ses films est inexistant, et dans cette utopie contrefactuelle le public est forcé de porter son attention de la fiction à la réalité sans comprendre où les rêves et l'illusion finissent et où le documentaire, en toute évidence, commence (évidence peu intellectuelle, puisque le réalisateur recrée toujours des perspectives collectives). Être l'assistance des films puissants de Kusturica nécessite d'entrer dans un labyrinthe où le geste politique et le symbolisme se fondent dans un carnaval tragique et picaresque ; le deuil se mélange à la farce dans une orgie païenne ; le kitsch, utilisé pour stigmatiser des nombreux personnages minables dans la jungle yougoslave, est également un canot de sauvetage : au contraire du cool et de la rigueur politique, le kitsch est la marque de l'ombre et du subversif. Kusturica est un réalisateur indéfinissable. Un livre très utile vient juste d'être édité en France, pour des ceux qui souhaitent s'approcher un peu plus près du cinéma de Kusturica tout en étant sûr de s'égarer avec délectation. Son titre est “Le lexique subjectif d'Emir Kusturica” (L'Age D'Homme) et a été écrit par Matthieu Dhennin. C'est un portrait à entrées multiples du réalisateur sarajevin. Si ses films sont souvent connus et reconnus, l'homme reste une énigme, jugé hâtivement, mal compris du fait de longs silences ou de déclarations sorties de leur contexte, d'amalgames ou d'attaques systématiques de la part de personnalités diverses (on pense par exemple à Bernard-Henri Lévy ou Kinkielkraut qui a reconnu n'avoir pas vu Underground tout en l'accusant d'être “un nouveau Céline aligné avec les Nazis”). “On en sait trop peu sur Emir Kusturica” dit l'auteur. Dhennin connaît le réalisateur depuis de nombreuses années et réalise son site internet kustu.com. Son idée était de construire un livre qui en ferait son portrait au fil d'anecdotes, d'histoires petites ou grandes, un tableau en plusieurs dimensions, offrir sur Emir Kusturica un regard multiple, voire contradictoire, mais finalement cohérent. Une entreprise réussie, à mon avis, allant au delà du cinéma et de la musique d'Emir Kusturica : le livre est un court - mais nécessaire - guide de l'“ex-Yougoslavie” et des Balkans, aidant le lecteur à assembler la délicate mosaïque culturelle et politique de ce qui “était une fois un pays”, d'une région qui ne s'est jamais libéré des empires coloniaux. Du problème du Kosovo et de Peter Handke à l'image de fond yougoslave qui remue les nostalgiques de Tito, le “Lexique” offre au lecteur une variété de chemins possibles et bien d'autres investigations supplémentaires.
Elle est bien loin l’époque où, quand Kusturica venait à Cannes, les officiels pensaient que le festival avait invité l’émir du Costa Rica. En effet, qui ne connaît pas aujourd’hui Emir Kusturica, notre dernier grand réalisateur baroque ? On le connaît, mais peu de personnes peuvent affirmer connaître son œuvre ou du moins la comprendre, tant elle est foisonnante et diversifiée. Et puis, on se souvient au moment de la guerre en ex-Yougoslavie, tous ces anathèmes lancés contre lui, provocant presque une dépression chez le cinéaste, pourtant réputé solide comme un roc, et qui voulait alors abandonner le cinéma. Heureusement pour nous, il a rebondi et nous a livré depuis Chat noir, chat blanc et surtout La vie est un miracle, fable baroque en l’honneur de l’un de ses maîtres attestés, Frank Capra. Eh bien d’où me vient tout ce savoir ?
De la lecture du livre de Matthieu Dhennin, qui le connaît sur le bout des doigts…
Lire la suite de l'article écrit par Jean-Max Méjean sur fullorangeprod.com
Article paru dans le quotidien Ouest-France (toutes éditions) du jeudi 20 juillet 2006, par Loïc Tissot.
Article paru sur le site CineKosma en septembre 2006, par Strahinja Kosmajac.
Je lis peu de livres sur le cinoche. Je préfère bouffer des images dans les salles obscures… parfois bien plus lumineuses que le plus chatoyant des palais quand le film est bon ! Néanmoins, je fais des exceptions lorsqu’il est question de cinéastes que j’affectionne particulièrement : Leone, Chaplin, Kubrick… ou encore celui qui me fait planer le plus haut depuis vingt ans (déjà !)… Emir Kusturica. Le plus grand mérite du Lexique subjectif… conçu et réalisé par Matthieu Dhennin est sans doute sa simplicité génératrice de droiture, de fidélité et d’une belle modestie de la part de l’auteur.
En effet, tout grand connaisseur qu’il soit de l’artiste Emir, il ne tombe dans aucun excès et sûrement pas dans le pire de tous, celui d’une interprétation personnelle par trop analytique de son oeuvre. Il ne cherche nullement à nous expliciter (l’horrible terme !) l’univers pictural, la psycho-philosophie de la démarche socio-artistico-culturelle du cinéaste; il nous propose tout bonnement une masse d’informations de tous calibres dans cet ouvrage décomposé en trois parties : “Le Livre Bleu” (sources françaises sur Emir Kusturica), “Le Livre Rouge” (sources balkaniques sur Emir Kusturica) et “Le Livre Blanc” (sources diverses…).
Ainsi, il souhaite nous le faire mieux connaître ou encore nous le faire découvrir. Nous amuser, nous divertir… car ce lexique est tout sauf austère… l’aspect ludique n’échappera à personne ! En effet, Dhennin s’est “compliqué” la tâche en structurant de multiples possibilités de “navigation” entre les trois livres sous forme de renvois. De sorte que le bouquin peut se consulter dans n’importe quel ordre au gré du lecteur.
J’ai, pour ma part, préféré le lire une première fois du début à la fin… Cela n’a fait qu’aiguiser davantage mon envie de le refeuilleter… ce que je ne me prive pas de faire.
Pour ce qui est du contenu et de la qualité des informations, je puis affirmer qu’elle sont “de première main” étant depuis environ trois ans un fidèle visiteur du site de Matthieu Dhennin et étant moi-même un inconditionnel. Comme il est dit plus haut, quantitativement l’on a de quoi se repaître… se gaver… De plus, la diversité des infos est passionnante. Cela va de la simple anecdote à la précision la plus pointue. Il y est question de tout ce qui a un rapport avec Kusturica. De cinéma bien sûr, mais en passant par la musique, la politique, l’histoire-géo, les différents médias, etc. On peut y apprendre dans le détail tout sur la “Columbia University” (dans laquelle Kusturica enseigna) comme y trouver une définition du mot “cacahuètes” (rapport aux arachides décortiqués dans le film Arizona Dream ) en passant bien sûr par la case “football”, le sport préféré du cinéaste…
Bien évidemment, figurent également à la fin du livre, les filmographies (réalisateur, acteur…) de Kusturica ainsi que bien d’autres références. Bref, le bouquin le plus complet à ce jour sur le fameux cinéaste. Bouquin que l’on peut considérer comme utile à condition… de le trouver agréable !
Je ne peux terminer sans insister (lourdement ?) qu’il s’agit là d’une riche idée de la part de Matthieu Dhennin, lui qui - autant que je sache - depuis une dizaine d’années suit pas à pas avec passion et acharnement l’évolution du plus grand cinéaste vivant et actif.
Je veux également saluer la capacité d’admiration de Dhennin pour la simple raison qu’elle permet de garder la tête haute…!
Article paru dans le quotidien La Voix du Nord (édition “Loos-Haubourdin-Les Weppes”) du samedi 14 octobre 2006, par Marie-Catherine Nicodème.
Article paru dans le quotidien L'Hebdo de Charente-Maritime du 5 octobre 2006, par Michel Teodosijević.
Article paru sur le site internet Le courrier des Balkans le 6 décembre 2006, par Jean-Arnault Dérens.
Le lexique fait le tour, de manière intelligente, complète et posée, de l’univers kusturicien, depuis la musique, le monde rrom, le football (Diego Maradona) et les admirations cinéphiliques, pas toujours payées de retour, comme dans le cas de Francis-Ford Coppola.
Dans les références musicales, des entrées sont ainsi consacrées à Guca, au Kocanski Orkestar, ainsi, bien sûr, qu’au No Smoking Orchestra.
Le livre ne fait l’impasse sur aucun sujet qui fâche, évoquant les ennemis déclarés du cinéaste, d’Andrej Nikolaidis à Alain Finkielkraut (auteur d’un fameuse et virulente critique d’Underground dans Le Monde, alors qu’il n’avait pas vu le film), mais aussi les amitiés rompues, d’Abdulah Sidran à Goran Bregovic, en passant par Goran Paskaljevic.
Matthieu Dhennin trouve des mots fort justes pour évoquer la relation d’Emir Kusturica à Sarajevo et à la Bosnie. Aussi éloigné du dythirambe que du réquisitoire, ce livre constitue donc une des meilleures manières possibles de faire le point sur notre propre perception de l’oeuvre protéïforme de « l’émir du Costa Rica » (ainsi se présenta E.K. lors de sa première venue à Cannes, en 1985, quand il reçut la Palme d’or pour Papa est en voyage d’affaires).
Article paru dans le mensuel Le Monde diplomatique d'avril 2007, page 28, par Jean-Arnault Dérens.
Ce lexique fait le tour, de manière intelligente, complète et posée, de l’univers kusturicien, depuis la musique, le monde rom, jusqu’au football (Diego Maradona) et aux admirations cinéphiles, pas toujours payées de retour, comme dans le cas de Francis Ford Coppola. Le livre ne fait l’impasse sur aucun sujet qui fâche, évoquant les ennemis déclarés du cinéaste, d’Andrej Nikolaidis à Alain Finkielkraut (auteur d’une fameuse et virulente critique d’Underground dans Le Monde, alors qu’il n’avait pas vu le film), mais aussi les amitiés rompues, du scénariste bosniaque Abdulah Sidran au musicien Goran Bregovic, en passant par le cinéaste Goran Paskaljevic.
Matthieu Dhennin trouve des mots fort justes pour évoquer la relation d’Emir Kusturica à Sarajevo et à la Bosnie. Aussi éloigné du dithyrambe que du réquisitoire, ce livre constitue donc l’une des meilleures manières possibles de faire le point sur notre propre perception de l’œuvre protéiforme de l’« émir du Costa Rica » (ainsi se présenta Kusturica lors de sa première venue à Cannes, en 1985, quand il reçut la Palme d’or pour Papa est en voyage d’affaires). Jean-Arnault Dérens