Film, Football et Festival - trois F pour une combinaison gagnante. Les artistes de foot et du film Kusturica et Maradona seront ensemble à Cannes. Le nouveau film du maestro réalisateur sur le magicien du Football auront leur gala de première sur la Croisette. Nous avons rencontré Kusturica lors du tournage du film français ”L'Affaire Farewell” dans des studios de la banlieue de Paris, alors qu'il préparait ses affaires pour filer à Moscou pour un concert du No Smoking Orchestra.
Il joue le rôle d'un espion russe. ”Je joue un agent-double qui est sur les genoux, fatigué de la vie. C'est une histoire et une idée de film intéressante, et je pense que cela va m'aider dans l'art du cinéma” nous a dit le réalisateur qui ne se repose jamais.
Vous voilà à nouveau au Festival de Cannes ! C'est une surprise. On dirait que vous avez oublié pour Promets-moi et le fait d'être reparti sans prix ?
Emir Kusturica :
C'est une surprise, parce que je pensais vraiment ne plus revenir. Mais la vie a besoin de contradictions, surtout de ce que l'on dit ou fait par dépit ou de colère. Si je ne me tiens pas à ce que j'ai dit, j'espère que je serai pardonné. Cannes est vraiment un endroit que j'aime parce que les auteurs peuvent y être surprenant. Et surtout parce que cette fois ci, il n'y pas de rumeurs de prix, et que le film sortira ensuite en Italie, en Espagne et en France. Je n'ai pas été fâché de ne pas recevoir de Palme d'Or, mais je crois que mon film avait été programmé en mauvaise position…
Ce sont les responsables du Festival de Cannes qui vous ont appelé, ou bien avez-vous décidé seul de revenir dans le grand show ?
Comment avez-vous décidé de faire un film sur Maradona ?
EK :
Je souhaitais revenir sur la mythologie de mon enfance, et en ce temps, le Football était un point d'intérêt central. Les banlieues étaient les endroits où les durs préparaient leur avenir. Ce film montre ma foi sur les vies parallèles que Maradona et moi avons eu. Nous avons beaucoup en commun. Ma chance est de ne pas avoir eu autant de problèmes que lui, mais j'ai de forts sentiments sur le monde, la justice et les situations injustes de pauvreté, comme lui. Maradona n'est pas représentatif de l'establishment du Football qui s'adresse au public en disant “nous espérons que nous justifions les attentes des supporters”, au contraire, il a une vision politique forte, une vision du monde, de la liberté et de l'autonomie qu'ont très peu de personnes. Je me suis concentré sur certaines parties de sa vie, et j'ai joué de mes travaux précédents en usant de la fiction. J'ai également trouvé des détails bizarres, comme le fait que le sponsor de son église possède un bar à strip-tease à Buenos Aires, ce qui est très contradictoire, tout comme sa vie… Il a aussi une vision politique très forte depuis Mar del Plata, où les peuples d'Amérique Latine ont décidé de leur futur en refusant les contrats de libre-échange avec les USA, alors qu'ils auraient pu devenir des esclaves de ce grand pays.
Comment s'est passé le travail avec Maradona ?
EK : C'est un être humain très sensible. S'il vous aime, vous pouvez faire ce que vous voulez. Le petit problème avec lui est que certains épisodes de sa vie le séparent de la réalité, et ça a été difficile pour certaines parties techniques du film. Mais c'est un grand homme, et nous avons eu une bonne connexion.
Lien vers l'article original (serbe) : novosti.co.yu
Interview de Goran ČVOROVIĆ, traduction de Nina Novaković & Matthieu Dhennin