Abdulah Sidran

Abdulah Sidran est né en 1944 à Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine. Il devient très vite l'un des plus grands poètes de Bosnie-Herzégovine, mais aussi de toute l'ex-Yougoslavie. Certains de ses recueils ont marqué la vie littéraire de son pays (Chahbase, Ars poetica, Testament du merveilleux) et ont été partiellement traduits en différentes langues. Il est mondialement connu comme scénariste des films d'Emir Kusturica (Papa est en voyage d'affaires, Te souviens-tu de Dolly Bell ?, mais aussi du film Kuduz d'Ademir Kenović).

Les oeuvres de Abdulah Sidran, en vers et en prose, sont intimement liées à la ville de Sarajevo, à la Bosnie multiéthnique et multiculturelle, à son origine bosniaque et slave de provenance musulmane.

Anecdotes

Abdulah Sidran a fait une fois l'acteur, dans le film Kuduz d'Ademir Kenović.

Scénarios

Engagement

Abdullah Sidran s'est fortement engagé pour la défense du modèle multiethnique de la Bosnie. Il a pris ses distances à plusieurs reprises avec Emir Kusturica depuis leurs collaborations dans les années 80.

En 2009, Emir Kusturica et Abdulah Sidran se sont réconciliés, et un projet de collaboration serait en train de voir le jour. Tiré des souvenirs et des drames personnels qu'a vécu Abdulah et sa famille, le film viendrait cloturer la trilogie bosniaque entamée avec Te souviens-tu de Dolly Bell ? et Papa est en voyage d'affaires. Ce film traiterait des déportations sur l'île de Goli Otok, sous le régime de Tito.

Dans une interview accordée à blic en Mars 2011, Abdulah Sidran s'explique : ”Si je vis deux ou trois années de plus que ce que j'ai dit que j'allais vivre, alors, oui, on pourra peut-être refaire quelque chose ensemble.

Poème

SARAJEVO DIT : JE SUIS UNE ILE AU COEUR DU MONDE

Immense est le monde, les continents dérivent
et le malheur sévit partout, mais ici les choses sont
différentes : au nord comme au sud,
la forêt embaume pareillement et cette fragrance
ne ressemble à rien qu'on ait entendu, vu ni touché.
En vain se dilatent les narines (pour l'embryon,
le ventre de sa mère n'aurait-il pas justement cette odeur ?)
Odeur de Rien, qui de la même voix pleure et chante
car l'amour et le malheur ont ici le même visage,
tout est semblable. Aux portes de la ville,
des sentinelles saisies d'effroi, des sentinelles
qui dorment debout (portées sur une aile invisible),
mais une voix, toujours la même, les fait sursauter :
Sarajevo, la foudre t'anéantisse ! A nouveau
quelqu'un m'appelle à l'aide.
Le désespéré ou le sage, l'enfant, l'aventurier ou le voyou
devant moi réconciliés ! Tout est un, tout revient au même.
Je suis une île au coeur du monde.
Rien ne m'atteint hormis son sang alangui, hormis
la peur qui plane au-dessus de nous tous.
Le silence, et rien alentour.

fr/abdulah_sidran.txt · Last modified: 2011/03/21 14:13 by matthieu1