Actualité [Archives - 2001]

Décembre 2001

  • Nouveau contrat pour 3 films !

Emir a signé un nouveau contrat avec le Studio Canal pour la réalisation de trois films, dont Hungry Heart serait le premier à voir le jour…

Juin 2001

  • Baba, star d'un jour du ”Temps des Gitans”, aujourd'hui réfugiée en France

Dépêche AFP du 18 juin 2001, 7h59
LYON, 18 juin (AFP) - Il y a 12 ans, Aïcha gravissait les marches du Palais des festivals à Cannes: elle était Baba, la grand-mère du film d'Emir Kusturica, “le Temps des Gitans”. Aujourd'hui, Aïcha, hébergée dans le Rhône, a fait une demande d'asile après s'être enfuie du Monténégro où elle dit avoir été persécutée par la mafia.
Cette Rom, âgée de 59 ans, montre des photos écornées par le temps et un long voyage, où on l'aperçoit à un dîner officiel avec le réalisateur bosniaque (Palme d'Or en 1985 et 1995) et Gilles Jacob, directeur du Festival de Cannes. On lui a dit que c'était le président, aussi affirme-t-elle qu'il s'agit de Jacques Chirac.
Sans amertume, Aïcha, met la main sur son coeur, pour exprimer sa reconnaissance envers les “gentilles” personnes qu'elle a rencontrées sur la Croisette, comme cet inconnu américain qui lui avait donné sa bague.
Cette mère de neuf enfants assise en lotus sur un lit, toutes rondeurs déployées, affiche la nonchalance. Visage buriné et basané par le soleil des Balkans, elle porte un fichu sur la tête, des tresses, des boucles d'oreilles, un tee-shirt d'adolescente et une jupe satinée mauve.
D'un geste lent, elle allume une cigarette, et dit d'une voix rocailleuse souhaiter simplement de “l'eau, du pain et une maison pour être tranquille en France”.
Il y a plus de 10 jours, cette Monténégrine a quitté l'ex-Yougoslavie, persécutée, selon ses dires, par “la mafia” qui lui demandait de l'argent, la menaçant de la tuer, intention qu'elle décrit en faisant glisser une main à l'horizontale près de son cou. Cette même mafia a détruit sa maison qu'elle avait construite avec l'argent du film, la laissant démunie, explique son fils, Alexander, réfugié politique, qui traduit la conversation en français à la journaliste de l'AFP.
Par prudence, sa mère ne souhaite voir publier ni son nom complet, ni l'endroit précis où elle se trouve.

Kusturica, un “homme de coeur”

Elle a alors subi le sort de milliers de ressortissants de l'ex-Yougoslavie qui ont fui leur pays via l'Albanie et le port de Vlora, les conditions inhumaines de la traversée en bateau pour rejoindre Brindisi en Italie, d'où elle a gagné Lyon en camion.
L'actrice d'un seul réalisateur se rappelle d'Emir Kusturica, un “homme de coeur”. Pour lui, elle a été Baba, la grand-mère qui berce son petit-fils, Perhan, avant qu'il ne se mette à voler pour survivre, en Italie, sur les airs tziganes mélancoliques de Goran Bregović. Plus tard, elle sera Sujka, dans “Chat noir, Chat Blanc” (1998).
Elle n'a pas revu Kusturica depuis trois ans, mais s'il lui proposait aujourd'hui de jouer dans un autre film, elle accepterait aussitôt, tout en s'inquiétant avec humour de sa réponse, car elle a perdu depuis, quelques dents de devant.
En 1987, des collaborateurs de Kusturica étaient venus chez elle au Monténégro pour lui proposer un rôle dans “le Temps des Gitans”. Elle l'avait rencontré pour la première fois à Skopje en Macédoine, la même année.
Lors de l'une des dernières scènes du film, Baba refuse stoïquement pour la énième fois de l'argent à son fils devenu fou. Pour se venger, celui-ci arrache avec un bulldozer la structure de la maison préfabriquée de sa mère, qui se retrouve sous la pluie en chemise de nuit protégeant de sa corpulence sa belle-fille et une enfant.
“Avec la mafia, c'est le contraire du film, j'ai donné tout mon argent espérant qu'ils me laisseraient en paix”, explique-t-elle.
Aïcha est convoquée le 10 septembre par la préfecture du Rhône pour un premier examen de sa demande d'asile.

fr/archives-2001.txt · Last modified: 2007/03/25 16:45 by matthieu1