GR : Il faut que je vous dise quelque chose sur Emir, cela m'est arrivé si souvent, je lui demandais c'est quoi ton prochain film et il commençait à me raconter des tas de situations, vaguement liées les unes aux autres, très émotionelles, mais sans vrai logique narrative, alors je ne comprenais rien à l'histoire. La dernière fois que c'est arrivé, c'était à Turin et il me disait qu'il allait faire une version de “the nose” et je ne comprenais pas bien ce dont il s'agissait, je lui ai dit : Ok Emir, je ne comprends rien à ton histoire, mais je suis sûr que ce sera excellent, comme d'habitude. Ca l'a fait bien rire. Il nous a une fois raconté l'histoire du'n peintre yougoslave naïf, qui débarquerait aux USA et qui serait - si je me souviens bien - victime d'un accident d'avion… Je pense qu'un partie de cela s'est retrouvé dans Arizona dream. L'histoire de David s'appelait au départ “the arrowtooth waltz” (la valse du turbot) et Emir adorait le titre, c'était très très différent du résultat final. David est très doué, mais si vous me comprenez bien, c'est difficile de faire un film avec Emir sans sa propre énergie qui prend les commandes sur tout. Je crois qu'il a été déçu, mais Emir est un vrai réalisateur, je veux dire, c'est un vampire : il absorbe tout et le rend à sa manière. Et c'est une manière que l'on adore tous ! Il s'intéressait à tout ce qui se passait alentour, s'il y avait une bonne idée il s'y intéressait, c'est un vrai metteur en scène…D'un autre côté, ses idées sont si compliquées et si personnelles que c'est difficile pour lui de travailler sur le matériau de quelqu'un d'autre, il doit s'adapter. Il voulait faire plusieurs films aux Etats-Unis, je me souviens qu'il avait terriblement envie de faire Crime et Châtiment dans le quartier russe de Brighton beach à New York, de nos jours. Il a fait des négociations pour ce projet, même avec Cecchi Gori, à l'époque le plus grand producteur italien, mais c'est retombé, il les a rencontré à Los Angeles et quand il est revenu, il m'a dit que ces gens étaient des imbéciles… En tout cas, la situation avec “Le temps des gitans” s'est empiré, le fim était coproduit par Columbia Pictures (pas par l'université…) et il avait un deal qui lui permettait de faire Arizona Dream avec un gros (pour lui) budget et un gros casting, il a simplment eu des moments horribles avec le studio. Arizona Dream a eu de nombreux problèmes et d'une certaine façon, cela se sent dans le film, même s'il est magnifique, il a été très douloureux pour lui, il en était malade. Il adorait Johnny Depp, et ils sont devenus amis, il me disait que c'était un type brillant. A l'époque, il était considéré comme un outsider aux Etats-Unis, un rebèle, il n'avait pas bonne réputation, mais Emir, visiblement, l'adorait.