Goran Bregović

Goran Bregović est né le 22 mars 1950 à Sarajevo. Tout comme Emir Kusturica, il reflète de par ses origines l'aspect multi-ethnique de la Yougoslavie : son père est croate, sa mère serbe, sa femme musulmane. Si Goran Bregović est souvent connu pour les musiques de film qu'il a écrites pour Emir Kusturica, il a eu une énorme carrière de pop star auparavant, et a depuis abandonné l'écriture de musiques de films pour se consacrer à des projets plus personnels.

A 16 ans, après des études de violon, il fonde Bijelo Dugme (bouton blanc), un groupe rock culte qui enflammera la Yougoslavie de 1974 à 1989. C'est à cette période qu'il rencontrera le jeune Emir Kusturica, alors bassiste dans un groupe punk (Zabranjeno Pušenje). La jeunesse yougoslave s'identifie à cette forme de révolte et d'ouverture à l'Occident.

Vers le milieu des années 80, Goran retrouve Emir Kusturica, qui le décide à travailler pour le cinéma. Cette collaboration se concrétisera avec l'inoubliable bande originale du Temps des gitans (1989), dont l'album sera un succès international.

Ce retour aux racines, à la fois slaves et tziganes, cette fusion d'une musique populaire et de techniques de production modernes, ce cosmopolitisme affiché et parfaitement assumé deviendront l'image de marque du compositeur.

Dès lors, Goran poursuivra ses recherches autour d'une fusion de toutes les musiques. Il ira chercher dans la musique juive yéménite de Ofra Haza (La Reine Margot, 1994), dans le tango cap-verdien de Cesaria Evora (Underground, 1995) ou chez un Iggy Pop qu'il réinvente totalement (Arizona Dream, 1993), sans oublier cette musique en soi fusionnelle qu'est celle des tziganes, les sources d'une musique réellement universelle, à la fois symphonique et intime, d'un lyrisme débridé et d'une rigueur parfaite.

Ayant mis en musique une douzaine de longs métrages, Goran entreprend de jouer en concert ses oeuvres avec L'Orchestre des Mariages et des Enterrements, soutenu par un ensemble philharmonique et une chorale. En 1997, après avoir parcouru l'Europe de l'Est, il triomphe au festival de Montreux et donne le 31 décembre un concert multimédia à Thessalonique (Grèce), qui fera l'objet d'un album live, The Silence of The Balkans. Goran Bregović et l'Orchestre des Mariages et des Enterrements entament au printemps 98 une tournée européenne qui les mène en Italie, au Portugal, en Angleterre, en Belgique et en France (Printemps de Bourges, Olympia…).

Goran Bregović du quitter Sarajevo en 1992 au moment de l'éclatement du conflit yougoslave pour s'exiler à Paris et aux Etats Unis. S'il a enregistré en 1999 avec la chanteuse polonaise Kayah, s'il a mis son talent cosmopolite au service de l'américain Iggy Pop, de la cap verdienne Cesaria Evora, de la pionnière israélienne de l'ethno-techno Ofra Haza, de l'anglais Scott Walker, Goran Bregović collabore aussi depuis de nombreuses années avec les plus grandes stars de la chanson des Balkans : le chanteur George Dalaras, véritable institution en Grèce, (où il représente le style laïko, forme modernisée du rebetiko, musique des bas-fonds aux thèmes proches du blues), ou la jeune chanteuse Alkistis Protopsalti, mais aussi Sezen Aksu, pop star féministe et engagée de Turquie.

En 2000, Goran Bregović a publié un nouvel album : Tales and Songs for Weddings and Funerals, et a joué avec son groupe dans le film suédois “Music for Weddings and Funerals” (Musikk for bryllup og begravelser) de Unni Straume. Ce film raconte l'histoire de Sara, une écrivain qui, après le décès de son seul fils habite dans une villa dessinée par son ex-mari. Elle décide de louer le sous-sol à Bogdan (Goran Bregović), un musicien serbe qui s'entraine parfois avec son orchestre gitan au complet… Le film joue beaucoup sur les contrastes : nord-sud, chaud-froid, joie-tristesse. Il a été présenté au festival de Sundance en 2002, et celui de Rotterdam en 2003. Le film n'est pas sorti en France pour l'instant.

En 2004, Goran Bregović a monté une version personnelle de Carmen de Bizet, qu'il a intitulé Karmen (avec une fin heureuse). Il en a donné de nombreuses représentations en Europe, un CD doit sortir prochainement, et Goran envisage même d'en réaliser lui même le film.

En 2005, avec ses anciens camarades de Bijelo Dugme, le groupe offre une série de concerts exceptionnels pour revivre le phénomène des années 70-80.

Discographie (carrière solo)

Site officiel

Le site officiel de Goran Bregović : http://www.goranbregovic.co.yu/

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Galerie

Interview

Entretient réalisé en août 2002 pour la sortie de son album “Tales and Songs from Weddings and Funerals”.

  • Vous avez tenu à sortir un enregistrement en votre nom que votre maison de disque présente comme votre ” premier vrai album depuis toujours ”. Vous allez arrêter de composer pour le cinéma ?
    • Goran Bregović : Pour moi ces petites ” Tales ” (histoires) sont comme des petites musiques de film, sauf qu'il n'y a pas d'images. Ce sont des propositions pour le propre scénario de l'auditeur.
  • Quel film vous êtes-vous fait pour parvenir à ces ” propositions ” musicales ?
    • GB : Je viens d'un pays où les histoires reviennent sans cesse autour du mariage et des enterrements. Ma musique est entre les deux. D'où son caractère joyeux ou triste. Je suis venu au cinéma par hasard. Avant je faisais du rock, j'ai vendu pendant quinze ans des millions d'albums avant mon premier disque en occident. Dans celui-ci, il y a toutes sortes d'expérimentations sonores, parfois complexes. C'est un album un peu schizophrène qui oscille entre choses simples et choses compliquées.
  • Est-ce différent d'écrire pour une bande originale de film ?
    • GB : J'ai eu la chance de travailler avec des metteurs en scène, que ce soit Emir Kusturica ou Patrice Chéreau, qui n'ont pas vraiment besoin de compositeur. Ce sont des réalisateurs qui aiment prendre des risques avec la musique qui peut être ou agressive ou mélodique. Ils m'ont rarement demandé des illustrations de leurs images. Un bon film donne immédiatement le signal. C'est comme un organe vivant : il accepte ou il rejette. Ce n'est qu'à la fin que je visionne, quand la partition est presque finie. Pour le metteur en scène, c'est souvent l'occasion de voir son film sous un jour nouveau. La musique change beaucoup le caractère de l'image. Un film sans le son, c'est autre chose.
  • Vous vous êtes produit récemment au festival de Saint-Denis, retrouve-t-on dans votre enregistrement les morceaux que vous y avez interprétés?
    • GB : Pas vraiment. A la basilique, j'ai créé une sorte de liturgie pour trois religions monothéistes. C'était une oeuvre commandée, un peu comme on le faisait avec les compositeurs à l'époque. On m'a demandé récemment d'écrire pour un octet de violoncelles. J'aime ça. Ce n'est pas par hasard si 90 % de l'histoire de l'art de notre civilisation ont été des commandes. J'ai fait l'année dernière le Cirque d'hiver à Paris avec ma musique, mais maintenant, je travaille de plus en plus pour le théâtre qui est plus naturel pour moi, moins ” hystérique ” que le cinéma où il y a toujours une grande pression. Mon tempérament fait que j'aime les choses calmes.
  • Comment est née l'idée de l'Orchestre des mariages et des enterrements ?
    • GB : D'une ambition de jouer avec un orchestre symphonique. Quand je suis revenu à la forme ” concert ”, j'ai d'abord joué avec une formation classique, orchestre et choeurs, mais en enlevant tous les bois (clarinettes, etc.) que je trouvais trop harmonieux. J'ai recomposé cet orchestre comme j'imagine la musique ” humaine ”, pas bien accordée, plus naturelle. J'ai remplacé les trompettes par un orchestre de cuivres gitan, qui demandent un jeu décalé par rapport à une partition symphonique. J'ai rajouté aussi des percussions traditionnelles, des computers. Dans le choeur, j'ai seulement des chanteurs masculins venus de la tradition du chant orthodoxe. Et comme intonations féminines, j'ai les Voix bulgares. Tout cela donne le sentiment d'une grande liberté.
  • On dit que vous faites de la musique tzigane.
    • GB : Je dirais que c'est une musique contemporaine d'un compositeur influencé par la musique traditionnelle, comme souvent les compositeurs dans l'histoire. Elle a l'intention d'être solide artistiquement en étant contemporaine.
  • On a du mal à imaginer que vous avez été rocker ?
    • GB : Pourtant, j'ai commencé à jouer dans les bars à musique traditionnelle très tôt, à l'âge de quinze ans, puis dans les bars à streap-tease à dix-sept ans. J'y jouais un rock n'roll local, provincial, comme le rock n'roll français.
  • Quand vous travaillez avec des artistes tels Iggy Pop ou Cesaria Evora, c'est la confrontation des univers qui vous intéresse ?
    • GB : Les gens avec lesquels j'ai travaillé sur mes disques de musique de films ont souvent été enthousiastes parce que je n'écrivais pas pour le show-business, et les films commerciaux. J'ai vécu leur participation comme une sorte d'autographe de personnalités. Iggy Pop, dans ma jeunesse musicale, a représenté un personnage important.
  • Quels sont les thèmes que vous abordez dans votre album ?
    • GB : J'ai écrit en gitan parce que ma langue serbo-croate, n'existe plus. On parle soit Serbe, soit croate, soit bosniaque. Le gitan est une langue simple avec peu de mots. Ça me permet de m'intéresser à la sonorité des mots. C'est dans la tradition des textes slaves, un peu pathétiques. Si les gens ne comprennent pas, cela ne les empêche pas de chanter avec moi, même si je n'ai pas d'origine Gitane malheureusement…
  • Malheureusement ?
    • GB : Mais parce que tout le monde veut être gitan. C'est un peu comme vouloir être cow-boy. Je suis né dans une famille très éloignée de cette culture. Mon père était colonel. C'est sans doute pourquoi, mon univers est également influencé par la musique militaire.
  • Vous vivez à Paris et travaillez à Belgrade. De quelle patrie vous sentez-vous ?
    • GB : Mon territoire émotionnel, est entre Belgrade, Zagreb et Sarajevo. J'ai les trois passeports : bosniaque, croate, serbe. Si un jour, je m'arrête quelque part, j'aimerais vivre dans ce territoire. Je me sens profondément yougo !
  • Comment expliquez-vous votre relation particulière avec la France ?
    • GB : Quand j'ai vendu mon premier disque Le temps des gitans, moi qui viens d'une si petite culture, je me disais c'est incroyable : il y a cent mille foyers français qui ont mon disque. Ça me faisait bizarre d'avoir autant de succès dans un pays qui a donné la moitié de la culture de l'autre civilisation. Ça m'a donné confiance. Je pense que la guerre a été l'élément révélateur de ma propre culture. Ça a fait de moi un artiste émigré. Paris m'a accueilli et m'a permis de me sentir artiste et yougo. C'est un des rares endroits pour ça.
fr/goran_bregovic.txt · Last modified: 2012/08/13 14:23 by matthieu1