Emir Kusturica, réalisateur entre la Yougoslavie et la France, entre le film d'art et de divertissement, entre le destin et l'histoire.
J'ai souvent fait des choses qui rendaient ma vie difficile. Quand la Serbie change, elle a toujours besoin des félicitations qui viennent de partout dans le monde. Je ne suis pas comme un certain Holbruk à intervenir entre les deux présidents…
Vous m'avez dit que votre nouveau film Super 8 Stories annonçait votre nouveau départ.
EK :
J'ai été surpris avec cela aussi. Je pense qu'il y a une nouvelle manière de montrer des sentiments, dans cette partie de la civilisation Judeo-Chrétienne, particulièrement à l'ouest. J'étais surpris que ce film m'ait permi de filmer comme un amateur, il obtient le plus précieux pour moi dans l'art, à tous les niveaux. La nouvelle technologie fait qu'il n'y a plus beaucoup de personnes qui condamnent le cinéma. Ici, des enregistrements privés en “super 8” réalisés pendant les tournées et les concerts du No Smoking Orchestra sont montés de sorte qu'on élimine le laid, la photographie hollywoodienne bien propre, que beaucoup de gens attendent, même en Yougoslavie. J'ai essayé d'abîmer ce genre d'images dans le film, et d'améliorer les anciennes images. Ce montage de contraste m'a semblé très passionnant, au final.
Quel est votre statut dans le monde du film, à présent ? Le fait que vous soyiez acteur dans La veuve de Saint-Pierre a changé quelque chose ?
EK : Mon statut est toujours le même. C'est le statut d'un homme qui, plus ou moins, vit de façon isolée. Avec chaque film, j'ai dû refaire quelque chose que j'avais déjà fait, parce que je ne suis pas membre de n'importe quoi : le statut d'un réalisateur de film qui a réussi à survivre sur le marché serré du film, et qui croit toujours que le film, d'une certaine manière, peut être un art, et un amusement, aussi. Je garde cela dans mes films d'une certaine manière. Je suis un réalisateur qui, d'un côté, prend soin du cinéma comme étant un art, et de l'autre côté, entre dans chaque salle de cinéma et arrive à amuser les spectateurs depuis la Corée jusqu'à tous les pays d'Europe, même de façon limitée dans le marché nord-américain. Puisque je ne participe pas à la vie publique en France et que je n'apparais pas avec les personnes puissantes et riches, il est plus correct de dire que je suis resté en Yougoslavie d'un pied, et en France de l'autre.
Je sais que répondez à contre-coeur aux questions politiques, mais j'ai une autre question dont on parle fréquemment, et qui veut que votre rencontre avec le Président Koštunica ait été fait dans un contexte de médiation dans la communication avec le Président Djukanovic ?
EK : Mon intention a toujours été de faire ce que je peux. Mais, les personnes publiques qui ont parfois besoin de participer aux cours publics, ont très peu de possibilités d'influence. Je serais le plus heureus des hommes, si tous les processus qui se produisent ici devennaient de moins en moins crutiaux et historiques, et de plus en plus plus normaux. Dans ce contexte, l'histoire de la médiation entre deux présidents n'a pas d'importance. Je ne suis pas comme un certain Holbruk ou quelqu'un qui a cette puissance. Le mieux que je puisse faire est d'exprimer mon sentiment et mon avis, et même lorsque je dis qu'il est tordu. Je suis de plus en plus plus sûr que tout ce que je peux faire c'est de faire des films et de travailler dans le secteur de la culture.
En public, que ce soit pour vous féliciter ou vous critiquer, les gens reprennent souvent une de vos phrases, que vous faites ce que vous faites parceque vous souhaitez être aimé.
Le prochain film “The Nose”. Lors festival de Berlin, vous répondiez à toutes les questiones, même les politiques, mais vous vouliez rien dire au sujet de votre nouveau film sur lequel vous travaillez avec Dušan Kovačević.
EK :
Il y a 80 pour cent d'erreurs, et seulement 20 pour cent de vérité, comme partout autour moi. Ce film ne s'appellera pas “Silence, j'en… ta mère” comme cela a été écrit dans notre presse, il s'appelle simplement “The Nose”. C'est un film que Dusko Kovačević et moi préparons depuis un an et demi, et qui est en fait basé sur un drame de Lari Tompson. Je voudrais raconter une histoire de New York, d'une façon très passionnante pour moi, qui aurait tous les éléments du surréaliste, que Dusko stimule dans ses drames et que j'ai essayé de faire avec lui dans nos précédentes collaborations. “The Nose” est l'histoire d'un acteur qui est impliqué dans les affaires de la Mafia, et une nuit, quand il est censé jouer Cyrano dans un théâtre de New York, au lieu de cela sur scène, alors que l'assistance l'attend pour la première, va proférer des menaces aux hommes de Mafia dans le costume de Cyrano. C'est la suite de ce que j'ai commencé à faire il y a longtemps : un conflit entre fiction et réalité dans cadre du film. C'est un projet extrêmement passionnant que je devrais démarrer dans l'année.
fr/itv_01-02-28_glasjovnosti.txt · Last modified: 2007/01/16 23:40 by matthieu1