Celui qu'on appelle ”le génie mal coiffé” a toujours été la cible de personnes hypersensibles d'ex-Yougoslavie, qui pensent pouvoir juger les valeurs morales. On l'a accusé d'être un homme sans morale, sans honnêteté et d'avoir trahi son pays, mais personne n'oserait s'attaquer à son talent, sa gloire et sa fierté. Ces dernières années, il a toujours été de bon ton d'attaquer Emir Kusturica. Lui et ses films sont des événements politiques dans son ex-pays - et des événements de première classe - et il est considéré avec autant d'importance que les politiciens. Accusé d'être serbe nationaliste à l'époque de Milošević, de montrer les serbes comme des gitans, de trahir la Bosnie, “l'Emir de Serbie” comme ils l'appellent, le génie aux mots durs aux films forts et aux poings serrés est un réalisateur du même niveau que Almodovar ou von Trier. Alors que l'on discute dans un bar de Dorcol, dans la banlieue de Belgrade, nous avons l'impression que les gens ici ne l'aiment pas, et entre deux tasses de thé, sur ses gardes, il semble prêt à répondre : ”Fais gaffe, je suis Kusturica.”
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EK :
Goran Bregović est le genre de personne qui a un caractère moderne. Il est du genre à vous dérober votre porte-monnaie et ensuite vous inviter à dîner avec votre argent. Il peut témoigner d'une grande amitié, au travers laquelle nous sommes passés, puis il s'est protégé, mais avec charme. Grâce à mon amitié avec Iggy Pop, il a pu faire la chanson d'Arizona Dream, et après des années de procès, on apprend que la musique a été volée, et qu'il doit payer pour ça. Il s'est moqué d'Iggy et de moi, et le CD a été interdit. D'un autre côté, son talent est énorme, et je l'admets sans aucune discussion. J'ai parfois fait des erreurs regrettables en jugeant certaines personnes, mais il y a neanmoins toujours un minimum de valeurs morales à avoir, et mes amis ne peuvent pas avoir l'éthique d'une plante aquatique. C'est dur d'entendre de la cour de justice française que la musique a été volée. Il a dit que j'avais raconté des choses sur lui à cause de mon stress. Je me suis débarassé de cela avec mes films déjà il y a vingt ans, et c'est plutôt lui qui réagit de la sorte aujourd'hui, comme un débutant qui découvre le monde.
Etes vous toujours en contact avec Milorad Vucelic1) ?
EK : Non, je ne l'ai pas revu depuis longtemps, mais je ne pourrais rien dire de mal contre lui. Il a été correct avec moi, et je ne peux pas me plaindre. Je ne me sens pas ennemi de lui, même si je sais qu'il n'est pas très populaire de parler ainsi de lui, parcequ'il est lié à Milošević et sa télévision.
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EK :
Oui. Je me souviens ; le produceur allemand m'avait demandé, sachant que Vucelic était le directeur de la télévision serbe, dans quoi il s'engageait, par rapport au film, et par rapport au message que le film allait représenter. Je pensais qu'il le savait bien, parcequ'il est passé par différentes phases dans sa vie. A l'époque communiste, il travaillait dans les théâtres, et a fait de grandes productions. Les relations entre nous deux étaient très bonnes, et souvent ce que les gens mentionnent c'est le soutien financier. Dans Underground, l'argent venait de France, et était dépensé en Serbie ; 2 millions de dollars, je pense. La télévision serbe et M. Covic, le maire de Belgrade, ont rendu ce film possible et nous ont soutenu. On a dépensé beaucoup d'argent des banques mondiales.
Aleksandar Djuricic
fr/itv_03-07_ekstra.txt · Last modified: 2007/02/28 22:43 by matthieu1