"Maradona dribble avec les stars" - interview parue dans Vecernje Novosti, 23 avril 2008

Film, Football et Festival - trois F pour une combinaison gagnante. Les artistes de foot et du film Kusturica et Maradona seront ensemble à Cannes. Le nouveau film du maestro réalisateur sur le magicien du Football auront leur gala de première sur la Croisette. Nous avons rencontré Kusturica lors du tournage du film français ”L'Affaire Farewell” dans des studios de la banlieue de Paris, alors qu'il préparait ses affaires pour filer à Moscou pour un concert du No Smoking Orchestra.

Il joue le rôle d'un espion russe. ”Je joue un agent-double qui est sur les genoux, fatigué de la vie. C'est une histoire et une idée de film intéressante, et je pense que cela va m'aider dans l'art du cinéma” nous a dit le réalisateur qui ne se repose jamais.

  • Vous voilà à nouveau au Festival de Cannes ! C'est une surprise. On dirait que vous avez oublié pour Promets-moi et le fait d'être reparti sans prix ?
    • Emir Kusturica : C'est une surprise, parce que je pensais vraiment ne plus revenir. Mais la vie a besoin de contradictions, surtout de ce que l'on dit ou fait par dépit ou de colère. Si je ne me tiens pas à ce que j'ai dit, j'espère que je serai pardonné. Cannes est vraiment un endroit que j'aime parce que les auteurs peuvent y être surprenant. Et surtout parce que cette fois ci, il n'y pas de rumeurs de prix, et que le film sortira ensuite en Italie, en Espagne et en France. Je n'ai pas été fâché de ne pas recevoir de Palme d'Or, mais je crois que mon film avait été programmé en mauvaise position…
  • Ce sont les responsables du Festival de Cannes qui vous ont appelé, ou bien avez-vous décidé seul de revenir dans le grand show ?
    • EK : Ils m'ont mis la pression à partir du moment où j'ai déclaré que c'était mon “dernier Cannes”. A la fin, Thierry Fremaux a insisté et m'a très gentiment demandé de revenir avec un film !
  • Le film va être projeté en sélection officielle, mais pas en compétition…
    • EK : Cela m'a été offert, mais j'ai refusé, parce que ce film a besoin d'être jugé par le public, et pas par un jury.
  • Comment décririez-vous votre film, un documentaire, une fiction, un long-métrage ?
    • EK : C'est une combinaison de mes précédents travaux. Il a une structure étrange. Je suis allé plusieurs fois en Argentine, sans pouvoir rencontrer Maradona, à devoir attendre. Et de cette attente, j'ai conçu une structure qui est un portrait avec beaucoup de fiction et d'éléments croisés, qui nous suggère qu'on regarde un film de cinéma. Ce n'est donc pas juste un documentaire.
  • Michael Moore a eu un prix, et il semble que les frontières entre les genres cinématographiques ont presque disparu, est-ce le cas avec les long-métrages et les documentaires ?
    • EK : Les frontières disparaissent partout. Dans l'histoire de l'humanité, c'est quelque chose de récurent. Quand vous croyez que quelque chose va disparaître, comme certains l'ont pensé avec le film dans les années 80 ; le cinéma a survécu, et il trouve sa forme entre le jeu-vidéo et l'opéra ! Maintenant, Cannes et d'autres festivals intègrent même bientôt plus de dessins animés et de documentaires que de fictions. Le cinéma est désormais un mix de genres, ce qui devrait lui assurer un certain avenir.
  • Comment avez-vous décidé de faire un film sur Maradona ?
    • EK : Je souhaitais revenir sur la mythologie de mon enfance, et en ce temps, le Football était un point d'intérêt central. Les banlieues étaient les endroits où les durs préparaient leur avenir. Ce film montre ma foi sur les vies parallèles que Maradona et moi avons eu. Nous avons beaucoup en commun. Ma chance est de ne pas avoir eu autant de problèmes que lui, mais j'ai de forts sentiments sur le monde, la justice et les situations injustes de pauvreté, comme lui. Maradona n'est pas représentatif de l'establishment du Football qui s'adresse au public en disant “nous espérons que nous justifions les attentes des supporters”, au contraire, il a une vision politique forte, une vision du monde, de la liberté et de l'autonomie qu'ont très peu de personnes. Je me suis concentré sur certaines parties de sa vie, et j'ai joué de mes travaux précédents en usant de la fiction. J'ai également trouvé des détails bizarres, comme le fait que le sponsor de son église possède un bar à strip-tease à Buenos Aires, ce qui est très contradictoire, tout comme sa vie… Il a aussi une vision politique très forte depuis Mar del Plata, où les peuples d'Amérique Latine ont décidé de leur futur en refusant les contrats de libre-échange avec les USA, alors qu'ils auraient pu devenir des esclaves de ce grand pays.
  • Comment s'est passé le travail avec Maradona ?
    • EK : C'est un être humain très sensible. S'il vous aime, vous pouvez faire ce que vous voulez. Le petit problème avec lui est que certains épisodes de sa vie le séparent de la réalité, et ça a été difficile pour certaines parties techniques du film. Mais c'est un grand homme, et nous avons eu une bonne connexion.
  • Il sera présent à Cannes ?
    • EK : Bien sûr ! On fera une fête pour lui. Quand il sera là, la pelouse sera encore plus verte. Même Brad Pitt ne pourra pas faire mieux.

Lien vers l'article original (serbe) : novosti.co.yu

Interview de Goran ČVOROVIĆ, traduction de Nina Novaković & Matthieu Dhennin

fr/itv_08-04_vecernje_novosti.txt · Last modified: 2008/04/27 12:26 by matthieu1