"Samedi, c'est le jour de la République" - interview parue dans Vecernje Novosti, 27 novembre 2008

Après avoir parcouru le monde entier pendant deux ans, Emir Kusturica & le No Smoking Orchestra vont s'arrêter à Belgrade, pour la date la plus importante pour le pays et pour son peuple, le 29 novembre. Juste avant le concert à l'Arena, le célèbre metteur en scène nous explique pourquoi le No Smoking est une bête de foire, comment ils électrisent le public tels des acrobates dansant sur un fil au dessus du vide. Cette année, ils ont fait des concerts dans 44 pays, et les seuls pays où ils n'ont jamais joué c'est l'Afrique et les Etats-Unis. Des foules enthousiastes se sont déplacées en Argentine, au Vénézuela, au Chili et même au Japon ou en Australie. Cette année il y aura 3 concerts en Serbie. Lors du second festival du film et de la musique de Küstendorf, il y aura également de nombreux acteurs et réalisateurs invités, comme Alain Delon. Le moment le plus impressionnant de cette tournée reste peut-être quand Nikita Mikhalkov est monté sur scène. A moins que ce ne soit avec Oliver Stone à Thessalonique, ou Maradona à Cannes ? Attendons voir les surprises de l'Arena à Belgrade. La musique et les films se rejoignent. Chaque chanson est comme un court-métrage. Ce projet a créé quelque chose d'inattendu, en prenant l'identité des Balkans tout en communiquant à la façon des “groupes de l'ouest”. Mais bien sûr sans le support de l'industrie du show business.

  • Le groupe joue aux quatre coins du monde. Comment pouvez vous être aussi célèbres sans faire de publicité coûteuse ?
    • Emir Kusturica : Nous n'avons pas de plan de carrière précis. Aujourd'hui, vous voyez des gamins avec les pantalons sur les genoux, des chapeaux bizarres sur la tête, entourés de 10 caméras, pendant qu'ils sourient et jouent comme s'ils se promenaient. Vous ne nous verrez jamais sur ce genre de chaînes de télé, parce qu'on aurait honte. On ne paie personne pour nous promouvoir et prendre des photos de nous à chaque coin de rue.
  • Le NSO semble avoir une valeur esthétique complète, autant en matière de showbusiness que de politique…
    • EK : Nous sommes un groupe du passé et du futur. “Zabranjeno Pušenje” était un groupe majeur dans l'ex-Yougoslavie, et le “No Smoking Orchestra” est aussi important aujourd'hui, dans le monde entier. Nous sommes devenus ce que le rock'n'roll demandait, mais sans la couverture des media de masse ni la globale industrie du showbusiness. On ne nous impose rien. Il n'y a aucune personnalité puissante derrière nous, et on gagne juste ce qu'il nous faut pour vivre.
  • Lors de certains concerts du NSO, il y a eu Nikita Mikhalkov, Oliver Stone, Diego Maradona…
    • EK : Ce sont des alliés, et ils pensent comme nous que le marché ne se réduit pas à réguler les relations mondiales. Dans ce même groupe, on peut aussi ajouter Harold Pinter, celui qui a reçu Nobel d'économie, le génial acteur Johnny Depp et Jim Jarmusch qui sera en janvier à Drvengrad.
  • Le concert à l'Arena coïncide avec l'ancienne fête du 29 novembre, le jour de la République où avaient lieu d'importantes cérémonies dans les temps passés pour toutes les nations et tous les peuples d'ex-Yougoslavie. Est-ce que c'est fait exprès ou bien est-ce la hasard ?
    • EK : Quand je visite d'anciennes remises de l'armée, quoi que je pense de Tito, je peux voir que tout est en ruine. L'ancienne Yougoslavie, que personne ne pouvait ébranler, l'est aujourd'hui de toutes parts, avec ses six pays-échantillons. On fabriquait des tanks et des avions, avant. Maintenant, on ne sait plus fabriquer que de l'instabilité permanente. Voilà notre avenir. La date est choisie comme un rappel de tout cela.
  • Le public de l'Arena aura la chance de pouvoir écouter d'anciennes chansons, et celles des quatre albums du NSO…
    • EK : Oui, nous avons fait une liste de chansons. Chacun de nous est un peu un acrobate, sur un fil ou sur la vie, et pendant deux heures sur scène ! Il faut avoir des musiciens très doués, comme Dejan Sparavalo, des écrivains et des chanteurs incroyables comme Dr. Nele Karajlić, des batteurs comme Stribor et des percusionnistes aussi sensibles que Ceda, avec moi comme director… Nous sommes tous les témoins qu'en Serbie nous avons de bonnes choses, malgré tous ceux qui pensent à l'intérieur ou à l'extérieur, qu'il ne se passe rien ici.
  • Vous avez fêté votre 54ème anniversaire à Bilbao, sur scène. Biologiquement et artistiquement, vous sentez vous plutôt vieux ou pltôt mature ?
    • EK : C'était une super fête ! Je me sens comme si j'avais 28 ans… et je n'attrape même pas le moindre rhume. Concernant la créativité, il y a des résultats visibles. J'aimerais vraiment avoir une longue vie… Et un jour quand je mourrai… waw, ce sera un sacré événement !
  • Pendant ce tour, vous avez reçu le titre de citoyen d'honneur de la ville de Buenos Aires, mais on vous a retiré celui de la ville Uzice. Comment parvenez-vous à réconcilier ce paradoxe ?
    • EK : Je suis un homme lourd. Je cherche des recettes dans mon quartier, et je suis citoyen d'honneur d'une dizaine de villes dans le monde. Comment puis-je rester moi-même, épaule contre épaule, avec les importateurs d'idées ruineuses à un niveau global ? De cette façon, je reste loyal au principe que ces libéro-capitalistes sans succès ne parviendront pas à nous écraser dans leur hyper-production de déchets, avec Jarmusch, Mikhalkov et les autres dans le monde. De la même façon, je choisis mes villes.
  • Avez vous des surprises pour l'Arena ?
    • EK : Oui, un invité secret. Il va chauffer l'atmosphère. Le deal c'est que le public le découvre pendant le concert, pour entendre une nouvelle chanson…

Interview de Nikola Jankovic, traduite par Nina Novaković et Matthieu Dhennin

fr/itv_08-11_vecernje_novosti.txt · Last modified: 2008/12/13 19:50 by matthieu1