Kitsch

Selon l'écrivain tchèque Milan Kundera, le kitsch est ”par essence, la négation absolue de la merde ; au sens littéral comme au sens figuré”. Cette définition surprenante a priori est pourtant bien la même que celle d'Emir Kusturica. Ne nous trompons pas : je ne dis pas qu'Emir Kusturica soit kitsch ; au contraire, il dénonce le kitsch sous toutes ses formes, s'en moque, même s'il semble s'y complaire avec bonheur…

En effet, le kitsch gomme toutes les imperfections, présente un idéal, un bonheur absolu, un plaisir complet pour les cinq sens. On peut donc différencier deux catégories :

  • le kitsch politique, comme l'utopie communiste ou encore le rêve américain, avec ces superbes images d'enfants exemplaires ou de travailleurs courageux d'un côté, ou les maisons colorées, les cactus en plastiques et les cadillacs roses d'un autre côté. D'ailleurs Emir Kusturica l'a déclaré lui même : ”Les Russes et les Américains sont les champions du kitsch”.
  • Le kitch artistique, qui est le baroque flamboyant (Fellinien) des couleurs et de la musique, les personnages rocambolesques, les histoires invraisemblables, l'exagération (parfois à la limite du grotesque), la magie réaliste, les rêves qui se mêlent la réalité…
Papa est en voyage d'affaires
Malik doit participer à une cérémonie officielle du Parti Communiste, remettre une lettre au maire et prononcer un discours, comme un ”bon communiste”. Le pauvre Malik se trompera dans les mots et en sera traumatisé…
Une scène similaire a lieu dans le film Tito et moi de Goran Marković où Zoran, jeune garçon vouant un culte à Tito découvre au terme d'une longue marche, une énorme et puante déjection canine devant la demeure du Maréchal. Tout un idéal s'effondre.
Le temps des gitans
Le retour triomphal de Ahmed, le cheik des Gitans (cheik signifie “roi”, tout comme “Emir”) au camp de gitans. Grosse voiture, musique, billets distribués aux pauvres et au fou, bagues en or et baise-mains. Le kitsch selon les gitans : Ahmed est l'exemple de la réussite, alors qu'en réalité il exploite des enfants pour la mendicité et la prostitution en Italie.
Arizona Dream
Le but premier d'Arizona Dream était pour Emir Kusturica de dénoncer le rêve américain, le kitsch flamboyant. Chargé de nombreux symboles des classiques hollywoodiens (tant par les nombreux remakes de scènes de films que par le choix des acteurs), ici c'est Jerry Lewis en costume rose et santiags roses devant sa maison rose et les flamands roses en plastique du jardin.
Underground
Ici nous avons un exemple de kitsch au second degré, dans cette scène de film dans le film : est-ce une parodie du cinéma d'état yougoslave des années 60 (kitsch par excellence), ou bien une parodie de son propre cinéma qu'a réalisée Emir Kusturica ? On peut se poser la question puisque le réalisateur qui apparaît dans le plan suivant lui ressemble à s'y méprendre, une pipe à la place du cigare.
Chat Noir, Chat Blanc
Retour au kitsch gitan, mais cette fois-ci (9 ans après Le temps des gitans), le but n'est plus de dénoncer les côtés obscurs du monde des gitans mais bien de ne montrer que le côté coloré, lumineux, décalé, drôle et inventif, qui est tout autant en marge de nos références occidentales.
La vie est un miracle
Le kitsch politique est manifeste lors de la scène de l'inauguration de la gare, et l'arrivée de la locomotive. On pense à Papa est en voyage d'affaires, et tout le kitsch lié aux célébrations grandiloquentes sous le régime communiste : les chorales d'enfants, l'exaltation des métiers manuels, la mise en scène surréaliste de la locomotive qui descend du ciel…
Promets-moi
Le kitsch c'est aussi le moyen de croire à ses rêves. Ainsi, cette Traban maquillée en limousine colorée est un signe de réussite sociale évident…
fr/kitsch.txt · Last modified: 2009/01/02 14:45 by matthieu1