Le lexique subjectif d'Emir Kusturica

Titre Le lexique subjectif d'Emir Kusturica
Auteur Matthieu Dhennin
Editeur L'Âge d'Homme
Langue français
Parution 9 juin 2006


Ce livre s'intéresse davantage à l'homme qu'à son œuvre, et essaie de brosser un portrait fait de contrastes, d'histoires petites ou grandes, d'oppositions, de heurts, d'amitiés, bref, un recueil d'anecdotes et d'extraits d'interviews qui devraient permettre à chacun de mieux comprendre celui qui se cache derrière ses films. Construit sous forme d'hommage au Dictionnaire Khazar de Milorad Pavić, le livre est écrit sous forme lexicale, ce qui en autorise une lecture linéaire ou transversale, au grès des rencontres, au choix du lecteur. Complémentaire au site internet, le livre devrait encore apprendre beaucoup de choses à ceux qui en ont lu la totalité des pages, et inversement.

4ème de couverture

Le lexique subjectif d'Emir Kusturica est un portrait à entrées multiples du réalisateur sarajevin. Si ses films sont souvent connus et reconnus, l'homme reste une énigme, jugé hâtivement, mal compris du fait de longs silences ou de déclarations sorties de leur contexte, d'amalgames, ou d'attaques systématiques de la part de personnalités diverses. Le propos de cet ouvrage est jus­tement de remettre les déclarations dans leur contexte, et de dessiner au fil d'anecdotes, d'histoires petites ou grandes, un tableau en plusieurs dimensions, d'offrir sur Emir Kusturica un regard multiple, voire contradictoire, mais finalement cohérent.

Livre bleu - sources françaises
Kusturica, Emir - Réalisateur, acteur et musicien d'origine bosniaque, surtout connu pour ses films baroques sur les Gitans ou la guerre en Yougoslavie, avec des musiques de Goran Bregović.

Livre rouge - sources balkaniques
Kusturica, Emir - Réalisateur et producteur serbe, surtout connu pour son engagement intellectuel et ses prises de position radicales dans ses films.

Livre blanc - sources diverses
Kusturica, Emir - Réalisateur yougoslave, surtout connu pour avoir gagné deux fois la Palme d'Or au fes­tival de Cannes.


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Dossier de presse

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Interview

Conversation sur les Balkans, Kusturica et la littérature yougoslave… avec Babsi Jones

Cette interview-conversation fut réalisée par la journaliste et écrivain italienne Babsi Jones pour le site Carmilla on line.
Traduction française par Matthieu Dhennin, à partir de la version anglaise de Pino.

Emir commence à stresser, 9 Novembre. Emir annonce qu'il est prêt à renoncer à son salaire, 10 Novembre. Emir se lève de plus en plus tard, il arrive sur la plateau en fin d'après midi et improvise, 17 Novembre. La tension entre les acteurs est à son comble, Emir fait tout pour l'accentuer, 19 Novembre. Emir avait promis qu'il ferait des coupes dans le scenario, mais il ne cesse d'ajouter de nouvelles pages, 24 Novembre. Emir est nerveux, il n'arrête pas de dire qu'il ne peut pas travailler plus vite que cela, 10 Décembre. Emir est très déprimé, la situation en Bosnie pèse sur lui, 14 Décembre. Emir erre les couloirs, marmonnant qu'il a des problèmes existentiels, 11 Janvier. A chaque fois qu'Emir sort prendre un café, on a peur qu'il ne revienne pas, 26 Janvier.

Ce sont de courts extraits du journal hilarant que Pierre Spengler a tenu en 1993 pendant le tournage de ce qui est toujours le plus grand chef d'oeuvre de l'histoire du cinéma yougoslave : “Underground”. Travailler avec Kusturica, le génie né en 1954 à Sarajevo et qui a fait l'école de Miloš Forman à Prague, est un cauchemar pour de nombreuses personnes. J'ai rencontré Kusturica trois fois. L'une de ces rencontres était lors de la conférence de presse à la salle Anteo à Milan : le réalisateur, tout en oubliant de parler de la tournée “Dommages collatéraux” de son groupe le No Smoking Orchestra, a régalé le public pendant plus d'une heure avec d'incroyables histoires sur des porcs se régalant de vieilles Trabants et des anecdotes sur des oeufs cassés. Il était en train de monter “Super 8 Stories”, un documentaire en Super 8 qui n'a pas eu le succès qu'il méritait. Les idées de Kusturica suscitent parfois la provocation ; le pire a déjà été dit sur lui, jusqu'au fait qu'il travaillait pour le KOS, les services secrets yougoslaves ; la base de son travail, plus irréaliste que surréaliste, est clairement épique mais de grande portée de par le sarcasme et la farce ; il remarque ironiquement que “c'est comme Shakespeare, sans Shakespeare” ; le cadre temporel de ses films est inexistant, et dans cette utopie contrefactuelle le public est forcé de porter son attention de la fiction à la réalité sans comprendre où les rêves et l'illusion finissent et où le documentaire, en toute évidence, commence (évidence peu intellectuelle, puisque le réalisateur recrée toujours des perspectives collectives). Être l'assistance des films puissants de Kusturica nécessite d'entrer dans un labyrinthe où le geste politique et le symbolisme se fondent dans un carnaval tragique et picaresque ; le deuil se mélange à la farce dans une orgie païenne ; le kitsch, utilisé pour stigmatiser des nombreux personnages minables dans la jungle yougoslave, est également un canot de sauvetage : au contraire du cool et de la rigueur politique, le kitsch est la marque de l'ombre et du subversif. Kusturica est un réalisateur indéfinissable. Un livre très utile vient juste d'être édité en France, pour des ceux qui souhaitent s'approcher un peu plus près du cinéma de Kusturica tout en étant sûr de s'égarer avec délectation. Son titre est “Le lexique subjectif d'Emir Kusturica” (L'Age D'Homme) et a été écrit par Matthieu Dhennin. C'est un portrait à entrées multiples du réalisateur sarajevin. Si ses films sont souvent connus et reconnus, l'homme reste une énigme, jugé hâtivement, mal compris du fait de longs silences ou de déclarations sorties de leur contexte, d'amalgames ou d'attaques systématiques de la part de personnalités diverses (on pense par exemple à Bernard-Henri Lévy ou Kinkielkraut qui a reconnu n'avoir pas vu Underground tout en l'accusant d'être “un nouveau Céline aligné avec les Nazis”). “On en sait trop peu sur Emir Kusturica” dit l'auteur. Dhennin connaît le réalisateur depuis de nombreuses années et réalise son site internet kustu.com. Son idée était de construire un livre qui en ferait son portrait au fil d'anecdotes, d'histoires petites ou grandes, un tableau en plusieurs dimensions, offrir sur Emir Kusturica un regard multiple, voire contradictoire, mais finalement cohérent. Une entreprise réussie, à mon avis, allant au delà du cinéma et de la musique d'Emir Kusturica : le livre est un court - mais nécessaire - guide de l'“ex-Yougoslavie” et des Balkans, aidant le lecteur à assembler la délicate mosaïque culturelle et politique de ce qui “était une fois un pays”, d'une région qui ne s'est jamais libéré des empires coloniaux. Du problème du Kosovo et de Peter Handke à l'image de fond yougoslave qui remue les nostalgiques de Tito, le “Lexique” offre au lecteur une variété de chemins possibles et bien d'autres investigations supplémentaires.

  • BJ : Dès que j'ai ouvert ton livre, je me suis dit : il a été construit avec la même géométrie qui me rappelle la structure de ton fameux site internet ; quand le guide des centaines de pages virtuelles est la carte d'un hypothétique réseau “underground”, la lecture du “Lexique” est facilitée par le motif cher à Milorad Pavić dans son “Dictionaire Khazars” : blanc, bleu, rouge ; France, Balkans, autres sources. A-t-on besoin de motifs, de structures pour comprendre la complexité de Kusturica et de l'univers des Balkans ? Faut-il simplifier, dépouiller les choses jusqu'à l'os ? N'y a-t-il pas là un risque ?
    • MD : J'ai peur que, en dépit de ma tentative de donner au site internet et au livre un ordre quasi-scientifique, ce ne soit le chaos qui y règne, finalement : si tu te plonges dans le site tu verras qu'il y a des tas de pages cachées ; la même chose se passe dans le livre, si je puis dire, puisque les entrées du lexique se chevauchent, se répètent, se complètent mutuellement. La géométrie n'est qu'apparente : j'ai improvisé et essayé de surprendre le lecteur au détour des pages. Je crois que, inconsciemment, j'ai essayé de travailler mon texte un peu selon la technique de Kusturica, qui lui, part d'une immense connaissance des classiques du cinéma mais laisse finalement une large place à l'émotion et l'improvisation.
  • BJ : Le prologue est basé sur tes rêves, ou tes cauchemars, et aboutit à un véritable diagnostic médical : overdose de Kusturica. Dans un texte que j'ai publié en décembre dernier sur Internet, je parlais ironiquement du “Balkanisme” comme d'une “addiction incurable aux Balkans”. On dirait bien qu'il est impossible de sortie de la Yugo-jungle, une fois qu'on y a mis les pieds.
    • MD : C'est une culture qui englobe tout. Elle vous assimile, si vous vous tenez près d'elle. J'avais besoin d'écrire ce livre ; son écriture même était un soulagement. Elle m'intoxique, et je m'en rends compte par les messages de ces gens qui me contactent, me demandent des conseils de lecture ou de film, et qui ensuite me remercient : comme si je leur avais donné une occasion qu'ils n'aurait pas pu concevoir, la chance d'une pêche miraculeuse. Je ne sais pas pourquoi la culture slave est aussi ennivrante ; à celui qui est particulièrement bien prédisposé, c'est une drogue. Mais tout le monde n'y est pas forcément prédisposé, c'est bien connu.
  • BJ : En effet. Nous avons tous les deux une expérience de première main sur la polarisation culturelle et politique de l'univers yougoslave. Les Italiens n'ont aucune idée de ce qui se passe dans les Balkans ; même les grands événements - je pense au bombardement de Belgrade en 1999 - et les personnages légendaires, comme Tito, sont oubliés. Dans ton livre, on sent l'ironie de la gaffe classique des personnalités culturelles européennes, qui confondent souvent Émir Kusturica et Vojislav Koštunica (l'actuel premier ministre Serbe). Comment se passent les choses en France ? Est-ce que les mass media s'intéressent à l'ex-Yougoslavie, et de quelles manières ?
    • MD : Ca me désole, la plupart du temps : on a toujours droit à l'habituelle collection de clichés. La situation en France est très simple, et je peux la résumer une phrase : les media ne s'intéressent pas à l'ex-Yougoslavie. À moins que le Danube ne sorte de son lit, ou que le premier ministre ne soit assassiné, mais même dans ces cas là, la couverture médiatique dure peu de temps. Un exemple récent : personne n'a écrit une ligne au sujet du référendum monténégrin qui doit avoir lieu fin mai, ni au sujet des enjeux géopolitiques qu'un tel référendum peut avoir dans les Balkans. Je ne suis pas surpris que, manquant tellement de connaissance et d'information, les gaffes et les maladresses soient récurrentes. Pour résumer, mon livre est né de l'ennui absurde que j'éprouvais en me rendant compte que dans l'esprit des gens, la Slovénie, la Slavonie et la Slovaquie n'étaient que les énièmes cartes d'un jeu de plate-forme.
  • BJ : Ce “Lexique”, en fait, est beaucoup plus qu'un travail sur le cinéma et sur la vie d'Emir Kusturica : c'est quasiment un guide pratique permettant au lecteur d'avoir une vision d'ensemble sur un pays complexe et ambigü, c'est une aide sur les évènements historiques, c'est une carte géographique. C'est un livre que je définirais comme “essentiel”. Je me demande comment ton chemin t'a mené dans les Balkans et quelles aventures tu as eues en rédigeant ce livre … ?
    • MD : Je suis allé deux fois dans les Balkans. Mais plus que ces expériences, c'est la littérature qui m'a le plus frappé. Lire les auteurs yougoslaves, c'est comme ouvrir une boîte de Pandore. A chaque découverte, je suis stupéfait par la puissance du drame, l'intensité narrative et la beauté littéraire de ces écrivains. Ce n'est pas la peine de mentionner Ivo Andrić, bien sûr, mais par contre, il faut citer Milorad Pavić, Miloš Crnjanski et Danilo Kiš. Le seul livre de Goran Petrović, un auteur extraordinaire, ayant été traduit en français est “69 tiroirs”. Mais surtout, la grande frustration, c'est de devoir attendre les traductions; et je pense surtout à “Zlatno Runo” (La toison d'or) de Borislav Pekić, une oeuvre en sept volumes: pour l'instant, on n'a que les trois premiers de traduits. Cela va encore prendre des années pour avoir la fin ! Alors que Pekić n'a rien à envier à Balzac, autant au niveau du style que du souffle narratif.
  • BJ : C'est vrai. La veuve de Pekić, fatiguée de devoir attendre, a récemment ouvert un blog sur lequel elle parle, jour après jour, des travaux de son défunt mari, qui attendent toujours une traduction, en anglais au moins. La littérature européenne est incomplète : il lui manque la partie slave. On en revient au point central de ton travail : Emir Kusturica. Il a autrefois annoncé son intention de faire un film important sur le roman le plus connu de Andrić “le pont sur le Drina” ; on a attendu des années, puis le projet a disparu. Il en aurait surement fait un chef d'oeuvre, et la littérature yougoslave, contemporaine ou pas, en aurait grandement bénéficié. Que s'est-il passé ?
    • MD : Je ne suis pas sûr, finalement, qu'une “Drina” par Kusturica, aurait pu être un chef d'oeuvre. Si on considère la technique de travail de Kusturica, on se rend compte qu'il a besoin d'un maximum de libertés narratives pour fonctionner. La construction du “pont sur la Drina” est rigide ; et puis c'est un peu un mausolée, c'est le monument national de la littérature yougoslave. Tout cela l'aurait forcé à se retrancher dans un camp. Pense à “Underground”, et compare le film à la pièce de Kovačević qui a inspiré le film, regarde comment ça a été transposé, modifié et enrichi et au final à quel point c'est éloigné. Tout ce processus se passait dans sa tête pendant le tournage ou le montage du film. Je crois, au final, qu'il n'a pas osé dénaturer de la sorte le chef d'oeuvre du seul prix Nobel yougoslave…
  • BJ : Je veux te taquiner. “Underground” est le sommet de la carrière de Kusturica. Kusturica est considéré comme un génie grâce à ce film colossal ; ensuite, la plus grande majorité de ses spectateurs - et des critiques également - avaient attendu un bis qui n'a pas eu lieu. Emir Kusturica, après “Underground”, est un réalisateur presque décevant. Il semble parfois être écrasés par un tel poids (le tournage a duré pendant des années, a même causé des blessures et des décès, d'innombrables incidents et querelles politiques ou diplomatiques), et il a cherché un abri dans un genre de régionalisme brumeux, comme celui de ses débuts avec “Dolly Bell” ; il a empaqueté quelques bonnes scènes de comédie, beaucoup de syncrétisme gitan, quelques graffiti yougoslaves, ainsi qu'une langue apparemment brouillée…
    • MD : Tu sais, je ne suis pas tout à fait en désaccord avec toi. “Underground” est son chef d'oeuvre, certes. Mais peut-être devrions-nous oublier ce film, prendre du recul, et regarder les oeuvres qui l'ont suivi sans toujours les comparer à cet immense film ; je ne crois pas que les films suivants soient de peu de valeur, je crois qu'il a simplement voulu raconter d'autres histoires, avec un langage différent, et probablement moins d'ambition. Puisque j'ai eu l'occasion de voir comment Kusturica fonctionne, le voir passer des heures et des heures sur le plateau pour finalement jeter ce qui a été tourné, je peux te dire que réaliser un film, pour Émir, c'est une véritable détresse ; il est continuellement stressé, même quand il fait une comédie. Les films qui ont suivi (“chat noir chat blanc”, “la vie est un miracle”) ne sont pas plus faibles ; ils sont moins obscurs, moins impliqué que “Underground”. Mon avis est qu'ils sont, de toute façon, largement au-dessus de la grande majorité des films que l'on peut voir dans les cinémas.
  • BJ : Et que va-t-il se passer dans le futur immédiat ? Il y a un projet sur Diego Armando Maradona, et on parle d'un opéra punk au théâtre en France…
    • MD : Oui. “Maradona” n'est pas un projet facile à résumer : Emir a suivi Diego pendant plus d'un an dans différents pays, rassemblant images d'archives, interviews, et documents divers. Ce qui va résulter de tout ce matériel est un secret. Le tournage est terminé depuis six mois, mais comme d'habitude, personne n'a la moindre idée de ce qu'Emir Kusturica est en train de fabriquer. Peut-être d'ailleurs qu'il ne le sait pas lui même non plus, et qu'il attend l'inspiration, l'étincelle de créativité. Il était prévu, au départ, de le sortir pour la Coupe du Monde, mais les producteurs n'ont plus que leurs yeux pour pleurer : Kusturica ne sortira pas un film s'il n'est pas exactement ce qu'il veut qu'il soit. L'opéra punk, au contraire, est un projet plus abouti. Il sera joué à l'Opéra de Paris et on sait qu'il s'agit d'une adaptation de son film de 1989 “Le temps des gitans”. A la place de la musique de Goran Bregović, ce sera le groupe avec lequel Kusturica joue, le nouveau Zabranjeno Pušenje / No Smoking Orchestra. Mais pour savoir ce qui se passera sur scène, c'est un nouveau mystère : je pense que même Emir ne sait pas encore exactement comment ce sera, et c'est ça qui est drôle. On le découvrira l'été 2007.
  • BJ : Et ton livre, le “Lexique subjectif d'Emir Kusturica” ?
    • MD : Cela fait 10 ans que je travaille sur Emir Kusturica, j'avais donc pas mal de documents sous la main, publiés ou non, et qui n'attendaient que de trouver une organisation. Pour tout avouer, cela ne m'a pris que six mois pour écrire le livre. Au début, j'étais motivé par corriger les attaques, la méchanceté, les ragots, tu sais : “c'est un bohémien, c'est un ami de Milošević”, cette sorte d'idioties. Et puis, en travaillant je réalisais je pouvais sauver de l'oubli toute une série d'anecdotes, de petites histoires, de fragments liés au travail et à la vie de Kusturica qui auraient probablement été perdus. Et je suis heureux d'avoir trouvé un éditeur qui aime le travail d'Émir et qui a pris le risque d'éditer un livre aussi particulier.

Critiques

La revue du cinéma

Elle est bien loin l’époque où, quand Kusturica venait à Cannes, les officiels pensaient que le festival avait invité l’émir du Costa Rica. En effet, qui ne connaît pas aujourd’hui Emir Kusturica, notre dernier grand réalisateur baroque ? On le connaît, mais peu de personnes peuvent affirmer connaître son œuvre ou du moins la comprendre, tant elle est foisonnante et diversifiée. Et puis, on se souvient au moment de la guerre en ex-Yougoslavie, tous ces anathèmes lancés contre lui, provocant presque une dépression chez le cinéaste, pourtant réputé solide comme un roc, et qui voulait alors abandonner le cinéma. Heureusement pour nous, il a rebondi et nous a livré depuis Chat noir, chat blanc et surtout La vie est un miracle, fable baroque en l’honneur de l’un de ses maîtres attestés, Frank Capra. Eh bien d’où me vient tout ce savoir ?
De la lecture du livre de Matthieu Dhennin, qui le connaît sur le bout des doigts…

Lire la suite de l'article écrit par Jean-Max Méjean sur fullorangeprod.com

Ouest-France

Article paru dans le quotidien Ouest-France (toutes éditions) du jeudi 20 juillet 2006, par Loïc Tissot.

Cinekosma

Article paru sur le site CineKosma en septembre 2006, par Strahinja Kosmajac.

Je lis peu de livres sur le cinoche. Je préfère bouffer des images dans les salles obscures… parfois bien plus lumineuses que le plus chatoyant des palais quand le film est bon ! Néanmoins, je fais des exceptions lorsqu’il est question de cinéastes que j’affectionne particulièrement : Leone, Chaplin, Kubrick… ou encore celui qui me fait planer le plus haut depuis vingt ans (déjà !)… Emir Kusturica. Le plus grand mérite du Lexique subjectif… conçu et réalisé par Matthieu Dhennin est sans doute sa simplicité génératrice de droiture, de fidélité et d’une belle modestie de la part de l’auteur.

En effet, tout grand connaisseur qu’il soit de l’artiste Emir, il ne tombe dans aucun excès et sûrement pas dans le pire de tous, celui d’une interprétation personnelle par trop analytique de son oeuvre. Il ne cherche nullement à nous expliciter (l’horrible terme !) l’univers pictural, la psycho-philosophie de la démarche socio-artistico-culturelle du cinéaste; il nous propose tout bonnement une masse d’informations de tous calibres dans cet ouvrage décomposé en trois parties : “Le Livre Bleu” (sources françaises sur Emir Kusturica), “Le Livre Rouge” (sources balkaniques sur Emir Kusturica) et “Le Livre Blanc” (sources diverses…).

Ainsi, il souhaite nous le faire mieux connaître ou encore nous le faire découvrir. Nous amuser, nous divertir… car ce lexique est tout sauf austère… l’aspect ludique n’échappera à personne ! En effet, Dhennin s’est “compliqué” la tâche en structurant de multiples possibilités de “navigation” entre les trois livres sous forme de renvois. De sorte que le bouquin peut se consulter dans n’importe quel ordre au gré du lecteur.

J’ai, pour ma part, préféré le lire une première fois du début à la fin… Cela n’a fait qu’aiguiser davantage mon envie de le refeuilleter… ce que je ne me prive pas de faire.

Pour ce qui est du contenu et de la qualité des informations, je puis affirmer qu’elle sont “de première main” étant depuis environ trois ans un fidèle visiteur du site de Matthieu Dhennin et étant moi-même un inconditionnel. Comme il est dit plus haut, quantitativement l’on a de quoi se repaître… se gaver… De plus, la diversité des infos est passionnante. Cela va de la simple anecdote à la précision la plus pointue. Il y est question de tout ce qui a un rapport avec Kusturica. De cinéma bien sûr, mais en passant par la musique, la politique, l’histoire-géo, les différents médias, etc. On peut y apprendre dans le détail tout sur la “Columbia University” (dans laquelle Kusturica enseigna) comme y trouver une définition du mot “cacahuètes” (rapport aux arachides décortiqués dans le film Arizona Dream ) en passant bien sûr par la case “football”, le sport préféré du cinéaste…

Bien évidemment, figurent également à la fin du livre, les filmographies (réalisateur, acteur…) de Kusturica ainsi que bien d’autres références. Bref, le bouquin le plus complet à ce jour sur le fameux cinéaste. Bouquin que l’on peut considérer comme utile à condition… de le trouver agréable !

Je ne peux terminer sans insister (lourdement ?) qu’il s’agit là d’une riche idée de la part de Matthieu Dhennin, lui qui - autant que je sache - depuis une dizaine d’années suit pas à pas avec passion et acharnement l’évolution du plus grand cinéaste vivant et actif.

Je veux également saluer la capacité d’admiration de Dhennin pour la simple raison qu’elle permet de garder la tête haute…!

La Voix du Nord

Article paru dans le quotidien La Voix du Nord (édition “Loos-Haubourdin-Les Weppes”) du samedi 14 octobre 2006, par Marie-Catherine Nicodème.

L'Hebdo de Charente-Maritime

Article paru dans le quotidien L'Hebdo de Charente-Maritime du 5 octobre 2006, par Michel Teodosijević.

Le Courrier des Balkans

Article paru sur le site internet Le courrier des Balkans le 6 décembre 2006, par Jean-Arnault Dérens.

Le lexique fait le tour, de manière intelligente, complète et posée, de l’univers kusturicien, depuis la musique, le monde rrom, le football (Diego Maradona) et les admirations cinéphiliques, pas toujours payées de retour, comme dans le cas de Francis-Ford Coppola.

Dans les références musicales, des entrées sont ainsi consacrées à Guca, au Kocanski Orkestar, ainsi, bien sûr, qu’au No Smoking Orchestra.

Le livre ne fait l’impasse sur aucun sujet qui fâche, évoquant les ennemis déclarés du cinéaste, d’Andrej Nikolaidis à Alain Finkielkraut (auteur d’un fameuse et virulente critique d’Underground dans Le Monde, alors qu’il n’avait pas vu le film), mais aussi les amitiés rompues, d’Abdulah Sidran à Goran Bregovic, en passant par Goran Paskaljevic.

Matthieu Dhennin trouve des mots fort justes pour évoquer la relation d’Emir Kusturica à Sarajevo et à la Bosnie. Aussi éloigné du dythirambe que du réquisitoire, ce livre constitue donc une des meilleures manières possibles de faire le point sur notre propre perception de l’oeuvre protéïforme de « l’émir du Costa Rica » (ainsi se présenta E.K. lors de sa première venue à Cannes, en 1985, quand il reçut la Palme d’or pour Papa est en voyage d’affaires).

Le Monde diplomatique

Article paru dans le mensuel Le Monde diplomatique d'avril 2007, page 28, par Jean-Arnault Dérens.

Ce lexique fait le tour, de manière intelligente, complète et posée, de l’univers kusturicien, depuis la musique, le monde rom, jusqu’au football (Diego Maradona) et aux admirations cinéphiles, pas toujours payées de retour, comme dans le cas de Francis Ford Coppola. Le livre ne fait l’impasse sur aucun sujet qui fâche, évoquant les ennemis déclarés du cinéaste, d’Andrej Nikolaidis à Alain Finkielkraut (auteur d’une fameuse et virulente critique d’Underground dans Le Monde, alors qu’il n’avait pas vu le film), mais aussi les amitiés rompues, du scénariste bosniaque Abdulah Sidran au musicien Goran Bregovic, en passant par le cinéaste Goran Paskaljevic.

Matthieu Dhennin trouve des mots fort justes pour évoquer la relation d’Emir Kusturica à Sarajevo et à la Bosnie. Aussi éloigné du dithyrambe que du réquisitoire, ce livre constitue donc l’une des meilleures manières possibles de faire le point sur notre propre perception de l’œuvre protéiforme de l’« émir du Costa Rica » (ainsi se présenta Kusturica lors de sa première venue à Cannes, en 1985, quand il reçut la Palme d’or pour Papa est en voyage d’affaires). Jean-Arnault Dérens

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