Punk opéra - Création mondiale à Paris - Opéra Bastille le 26 juin 2007.
Texte de Nenad Jankovic d’après le scénario original de Gordan Mihić et Emir Kusturica
En langue tzigane
Mise en scène : Emir Kusturica
Musique : Dejan Sparavalo, Nenad Jankovic, Stribor et Emir Kusturica
Direction musicale : Dejan Sparavalo
Décors : Peter Pabst et Ivana Protić
Costumes : Neša Lipanović
Lumières : Michel Amathieu
Interprétation : The No Smoking Orchestra and The Garbage Serbian Philarmonia
Coproduit par palass et le Palau de les Arts Reina Sofía, Valencia
La musique de l'opéra a été réalisée par le No Smoking Orchestra.
Achat en ligne : Amazon.fr, Amazon.co.uk, Amazon.de, Amazon.com, Amazon.es, Amazon.it
| Pays | Format | langues audio | langues sous-titres | Achat en ligne | Description |
|---|---|---|---|---|---|
| DVD Z2 PAL | rrom 5.1, rrom 2.0 | français | Amazon.fr | Plus de détails |
Un site officiel a été lancé pour la tournée “orthodoxe” prévue en 2010 & 2011, en Serbie, Grèce et Russie : domzavesanje.com ; en serbe et en anglais.
La bande annonce officielle du spectacle :
Emir Kusturica a déclaré en avril 2007 à la télévision serbe : ”La musique de l'opéra sera centrée sur le thème d'Ederlezi. C'est une histoire sur la jeunesse, l'arrivée dans le monde réel, et nous devions utiliser ce thème, qui est le plus proche de l'univers des Gitans, et qui est un voyage de purification cathartique à travers la vie.”
Les deux jeunes chanteurs Stevan Andjelković et Milica Todorović ont été choisi grâce à une émission de télé réalité serbe sur les jeunes espoirs de la chanson. Ils n'étaient pas les gagnants de l'émission, mais étaient parmi les plus populaires.
Stevan a raconté dans la presse Serbe : ”J'étais le dernier au casting. Il y avait Nele, Dejan et Stribor, et ils m'ont demandé de chanter quelque chose. Je l'ai fait, et il m'ont donné les paroles en Italien et en Rrom. Je l'ai fait aussi, et Nele m'a demandé “OK ! Tu dois annuler tous tes plans pour les 5 prochains mois”. J'ai su que j'étais pris pour être Perhan !”
Gorica Petrović, qui va incarner la grand mère de Perhan, est l'épouse de Nesa Petrović, le joueur de saxophone du No Smoking Orchestra
On peut voir des extraits de l'émission qui a révélé Stevan Andjelković sur Youtube :
http://www.youtube.com/watch?v=KmniL9O_Y8A
Stevan est né le 8 février 1988 à Leskovac (Serbie). Il joue du piano depuis qu'il a 4 ans. Il a obtenu un diplome de piano au conservatoire.
Belgrade, Serbie
Du 10 au 15 novembre 2010
Le Palais de Congrès, Paris, France
10 représentations entre le 23 et le 30 mars 2008
Réservations : palaisdescongres-paris.com
Opéra Bastille, Paris, France
Première 26 juin 2007 19h30
Représentations 29, 30 (14h30/20h) juin, 2, 3, 5, 6, 8 (14h30), 9, 11, 12, 14 (14h30/20h), 15 (14h30) juillet 2007 19h30
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Le cinéaste et musicien serbe Emir Kusturica transpose avec brio l’univers de son film «le Temps des gitans» sur la scène de l’Opéra Bastille. Un spectacle où la technologie se met au servic e de la psychologie. Le Temps des gitans Punk opera en langue tzigane d’Emir Kusturica. Texte de Nenad Jankovic, d’après le scénario original de Gordan Mihić et Emir Kusturica. Musique : Dejan Sparavalo, Nenad Jankovic et Stribor Kusturica. The No Smoking Orchestra : dir. Dejan Sparavalo. The Garbage Serbian Philharmonia : dir. Zoran Komadina. Msc. Emir Kusturica. Les 5, 6, 8, 9, 11, 12, 14 et 15 juillet à l’Opéra Bastille. Loc. 08 92 89 90 90 (entrée gratuite le 14 juillet à 14h30) Parce que Le temps des gitans est un film lyrique, Gérard Mortier, directeur de l’Opéra de Paris, souhaitait depuis longtemps confier la mise en scène d’un ouvrage du répertoire à Emir Kusturica. Parallèlement, Marc di Domenico, producteur du No Smoking Orchestra, dont Kusturica est le bassiste depuis vingt ans, tentait de convaincre le réalisateur et les co-compositeurs du groupe de créer un opéra à partir de l’intrigue de ce film. Cinq ans plus tard, le Temps des gitans est présenté en création mondiale à Bastille, coproducteur du spectacle avec le Palau des Arts Reina Sofía de Valence. Visuel. C’est bien là un opéra, au sens premier de pièce de théâtre chantée et accompagnée d’instruments de musique, sans être un chef-d’œuvre de dramaturgie lyrique du niveau des Noces de Figaro, Tristan, Peter Grimes ou West Side Story. Mais à défaut d’offrir des personnages aussi fortement caractérisés que dans le film et d’exploiter toutes les possibilités de la voix (récitatif, sprechgesang, arioso) à des fins dramatiques, ce Temps des gitans n’en demeure pas moins un spectacle musical et visuel éblouissant de métier. Surtout en comparaison du Bal masqué de Verdi plombé par Gilbert Deflo un mois plus tôt dans la même salle. Kusturica n’avait pas volé son prix de la mise en scène à Cannes en 1989, ce qu’il rappelle en tirant parti de la technologie de Bastille. Comme dans le film, tout le monde vole dans les airs : les toits des bidonvilles et de la cathédrale de Milan, les personnages sous la lune, et le plateau fellinien est envahi d’oies vivantes, bateaux, voitures et curés en folie, échassières et nains. Quand la machinerie touche ses limites, un écran géant complète le dispositif. Opaque pour permettre de changer les décors, ou transparent pour amplifier le caractère visionnaire des plus fameux tableaux du film, dont la scène aux flambeaux sur le Danube, à la fois projetée et complétée d’éléments scéniques, planante même sans les synthétiseurs de Goran Bregović. Maradona. Kusturica ne se contente pas pour autant d’exploiter à Bastille les plus belles images de son chef-d’œuvre, il utilise également l’écran pour enrichir la psychologie des personnages, en montrant à qui ils s’identifient : un but de Maradona au ralenti et la scène du miroir de Taxi Driver dans laquelle De Niro répète l’assassinat qu’il va commettre, projetée juste avant que sur scène, le jeune Perhan ne dessoude le businessman qui l’a volé, trahi et a mis sa sœur paralytique sur le trottoir. Rock’n’harpe. Si certains leitmotivs du film ont été repris, dont le thème principal de la Saint-Georges et le Train noir, les nouvelles compositions de Dejan Sparavalo, Stribor et Emir Kusturica sont soignées. L’osmose entre la fanfare rock du No Smoking Orchestra, les musiciens classiques amplifiés partageant la fosse, ainsi que les musiciens et chanteurs également amplifiés sur scène, est réussie. Passées les références à Kurt Weill, Nino Rota ou Mancini, il faut avoir un cœur de pierre pour résister à l’alternance de thèmes intimistes pour flûte et harpe, glockenspiel en cellules répétitives, glissandi de guitare électrique, et de grands ensembles vocaux et instrumentaux déchirants. Pour sa habanera accompagnée de cordes et d’accordéon, la couleur unique et la puissance expressive de cette musique et de ces chants livrés avec énergie et ferveur par les dépositaires de la tradition, ce nouvel «opéra des gueux» sur la nostalgie sans remède est salué chaque soir par une standing ovation. |
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Une salle debout pour ovationner « Le Temps des Gitans », très sonore « punk opéra », thématique, volcanique, balkanique. QUI DIRA l'atroce désarroi de l'oie qui choit sur le plateau trop glissant de l'Opéra Bastille et qui ne parvient pas à se relever ? Qui dira le stress du spectateur sensible, qui voit, non sans une certaine révolte intérieure, qu'aucun des protagonistes qui s'agitent bruyamment sur la scène depuis un bon moment ne daigne se pencher sur le sort tragique du pauvre volatile ? Ah ! les oies ont été privées de saluts, avant-hier, lors de la première publique du « punk opéra » mis en scène par le réalisateur Emir Kusturica. Sans doute payaient-elles ce grave manquement à la chorégraphie. À part elles, tout le monde était sur la scène, même le producteur qui a eu l'idée de ce spectacle, Marc Di Domenico, pour recevoir les ovations d'une salle en délire. Une salle que l'on pouvait croire victime d'une hallucination collective, mais qui était beaucoup plus simplement sous l'effet d'une claque d'une efficacité absolument remarquable. On ne saurait trop inciter les directeurs de maison d'opéra et autres Zénith à engager ces artistes de complément, disséminés dans l'immense salle, du parterre aux balcons, et qui ont su donner une tonicité infernale à la représentation. Volcanique, la claque. Balkanique ! Applaudissant dès l'apparition du décor volontairement naïf (Ivana Protic) et appuyant chaque scène d'une salve guerrière et bon enfant à la fois. Tout le secret du Temps des Gitans est là. Dans ce mélange culturel du grave et du léger, du sérieux et du désinvolte, de la couleur et de la noirceur, des larmes et du rire. À grand renfort de micros L'entrée d'Emir Kusturica à l'Opéra Bastille constituait l'événement final de la très riche saison élaborée par Gérard Mortier. On l'a dit, poil sombre et bagout de bonimenteur, Marc Di Domenico est l'inspirateur de l'idée. Mais il suffisait d'être arrivé un peu en avance avant-hier pour être abordé par d'autres parrains ! Sans doute, avant de parvenir sur l'une des scènes les plus prestigieuses du monde, Le Temps des Gitans dans sa version « punk opéra » a-t-il tenté de s'établir dans d'autres espaces. Peu importe. Le résultat est là. À grand renfort de micros, une troupe de chanteurs comédiens à puissance vocale indéniable prend la Bastille. Côté décibels, on est servi. Le livret est assez complexe. « Dans un petit bidonville tzigane vit une famille composée de deux enfants sans parents. » Ceci n'est que le début… Reprenant, avec une liberté certaine, les ferments de l'argument du film de 1988, prix de la mise en scène à Cannes en 1989, Nenad Jankovic, qui signe en partie aussi la musique et joue le rôle de Ahmed, ne s'embarrasse pas de vraisemblance. Il fait confiance au metteur en scène qui a depuis plusieurs années rompu avec Goran Bregović, qui était la sève musicale de son travail. Trois compositeurs, dont le fils d'Emir, Stribor Kusturica, et Dejan Sparavalo, directeur musical, se partagent cette responsabilité importante. Deux orchestres, établis chacun d'un côté d'une passerelle, occupent la fosse. The No Smoking Orchestra, la formation de Kusturica, et The Garbage Serbian Philharmonia, sous la houlette de Zoran Komadina. Emir Kusturica, le réalisateur ultrasensible de Papa est en voyage d'affaires, l'artiste lucide d'Underground, le cinéaste virtuose du merveilleux La vie est un miracle, organise sa mise en scène à sa façon. Comme une fête à partager. Un grand gueuloir tonique dans lequel se croisent de belles voix mais qui n'ont que lointainement à voir avec ce que l'on s'attend à entendre à Bastille. Plus proche d'une comédie musicale avec costumes ultracolorés (Nesa Lipanovic) que d'un ouvrage lyrique, le « punk opéra » est servi par de fortes personnalités : Ognjen Sucur, Gorica Popovic, Marijana Bizumic, Milica Todorovic, Stevan Andjelkovic, Natasa Tomic, Stanko Tomic, Zlatko Sakulski et Dejan Sparavalo, l'un des compositeurs comme Nenad Jankovic. Le metteur en scène utilise avec simplicité le cinéma - les déplacements, les voyages - et s'amuse des ressources magiques des cintres d'un grand théâtre. Mais avec encore un peu de timidité… et les envolées des personnages manquent un peu de lyrisme… D'ailleurs, à ce propos, que font donc les oies ? Opéra Bastille, les 29 et 30 juin, les 2, 3, 5, 6, 9, 11, 12, 14 juillet à 20 heures, le 30 juin, les 8, 14, 15 juillet à 14 h 30. La matinée du 14 juillet est gratuite, entrée libre (0 829 89 90 90). |
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En fin de compte, ces Gitans, posés quelque part dans les Balkans, ont compris que tout se vend. Ils aiment l'or. Ils sont charlatans, voleurs à la tire, faux mendiants, trafiquants. Ils font la noce, plaquent des billets sur le front des violonistes. “Et y'a pas d'amour où y'a pas d'picaille”, lit-on sur la bande passante de la traduction de “l'opéra-punk” (écrit en langue rom) Le Temps des Gitans, qu' Emir Kusturica a adapté de son film de 1989, dévoilé mardi 26 juin, à l'Opéra-Bastille (Le Monde du 26 juin). Perhan (Stevan Andelkovic) est sans le sou. Il aime Azra (Milica Todorovic), réservée pour un richard. Perhan vire mafieux, mais il demeure humain : “L'arc-en-ciel unit les deux bouts de la terre, mais Dieu ne nous a donné qu'un seul grand amour.” Le plateau est enchanté des décors d'Ivana Protic, de ses couleurs, de ses toits volants, de ses fragiles maisons de bidonville et de ses caravanes enluminées. Quant à Kusturica, il préfère le cirque, avec hachures et découpages véloces : soudain, sur le plateau, il y a des nains, un troupeau d'oies (vraies), des dindons en carton pâte, des acrobates, des gamins, des vieilles rebouteuses, une handicapée (la soeur de Perhan), un presque géant. Et un truand à moustaches, Ahmed (Nenad Jankovic), qui vante les vertus du pognon, et embarque la jeunesse pour piller Milan et mendier devant la cathédrale. La musique accompagne le désordre. Le No Smoking Orchestra fut rejoint par Kusturica en 1986. Bassiste, le metteur en scène venait d'obtenir la Palme d'or à Cannes avec son film Papa est en voyage d'affaires. Punk, rock, pop, tsigane, très énervé, le groupe a perduré, joué dans des stades et des caves, affichant une tendance exacerbée à l'accélération, via l'accordéon, le tuba, le saxo, la batterie, le violon… Dans cette adaptation très peu littérale du Temps des Gitans, dotée d'une nouvelle partition, le No Smoking Orchestra (sans Kusturica, dans la salle) assume son rôle de fauteur de trouble, tandis qu'à sa droite le Garbage Serbian Philharmonia, dirigé par Zoran Komadina, joue une musique très amplifiée et assez balourde. Pour les aficionados de Goran Bregović, qui a composé la bande-son du film en empruntant beaucoup aux fanfares roms de Macédoine, l'effet tient des épinards sans beurre. On y chante correctement, mais sans miracle, citant ses classiques, de l'opéra italien à l'air de la Panthère rose. La ligne de force ? Les images projetées en grand écran tandis que Perhan tourne mal, trucide son oncle et vend son fils : des gros plans de Robert de Niro, obsédé par le meurtre du sénateur Palantine dans Taxi Driver, le film de Martin Scorsese ; du football, avec le déroulé d'un but insensé de Diego Maradona (Argentine-Angleterre, Coupe du monde 1986). Le tueur et le filou. Bousculée, la salle applaudit. Le Temps des Gitans, mise en scène d'Emir Kusturica, texte de Nenad Jankovic d'après le scénario original de Gordan Mihić et Emir Kusturica. Musique de Dejan Sparavalo (direction musicale), Nenad Jankovic et Stribor Kusturica. Le 29 juin à 19 h 30, le 30 à 14 h 30 et 20 heures ; les 2, 3, 5, 6, 9, 11, 12 juillet à 19 h 30, le 8 et le 15 à 14 h 30, le 14 à 14 h 30 (entrée libre) et 20 heures. Tél. : 08-92-89-90-90. De 10 € à 75 €. Site Internet : www.operadeparis.com. |
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Emir Kusturica reproduit à l´Opéra de Paris, l´emphase rutilante de sa cinématographie PREMIERE. Le cinéaste serbe annexe Bastille pour une version tonitruante de son film «Le temps des gitans». Récit. C'est une première d'opéra, à Bastille, mardi. Avec des notables et des couples endimanchés. Une vieille dame dit qu'elle est arrivée là par hasard, qu'elle vient en général applaudir des ténors au plastron bandé. Au bas des escaliers où l'on se donne rendez-vous, il y a un homme, recroquevillé sur sa canne, qui tend la main et un punk qui frotte une guitare électrisée. Emir Kusturica se fait du mauvais sang, dans sa veste de soldatesque. Pour la première fois, lui qui travaille les scènes du monde avec sa bande rockabilly (le No Smoking Orchestra), va transformer un film en théâtre musical. Son Temps des Gitans, de 1989, Prix de la mise en scène à Cannes, la chose la plus délurée qu'il ait conçue, intransposable par sa nature onirique. Un punk opera, souligne le programme destiné à mettre en garde les abonnés. Punk champêtre, en fait. Ou anarchiste rural, comme son auteur, qui a créé en Serbie sa petite république autonome, un village qu'il dirige, architecture et dont il hante les nuits grasses. Sur la scène de Bastille, une troupe d'oies y laisse quelques plumes. Une dizaine de minutes suffisent pour que le plancher javellisé ne puisse plus même être récupéré par une voiturette siglée Kärcher (peut-être la première allusion politique, ici au président Sarkozy, d'un spectacle qui en est saturé). C'est l'ampleur bordélique du projet. Un vrai taxi qui s'étouffe sur le plateau, un dindon gigantesque, un village clic-clac qu'on range et qu'on rétablit en un souffle, le portique colossal d'une église milanaise, un campement de vraies caravanes, tout ce que Kusturica a pu imposer pour faire de son aventure scénique une foire tzigane. La musique, oui, avec deux orchestres, traditionnel et classique, qui s'embraient l'un sur l'autre. Funk de bal asphyxié, requiem de nymphes sur pilotis. Et cette fanfare qui menace toujours de monter parmi les comédiens chantants, dans un tohu-bohu chargé de laideur lyrique. Comme ce décor de collines hurlantes où passent les mariages et qui rappelle les pires cartons-pâtes de troupe nomade. Emir Kusturica est arrivé à cela. Reproduire la poésie boursouflée, l'emphase rutilante, de sa cinématographie. Sauf la boue, qui contamine chaque plan du film, Le temps des gitans, qui macule les bottes et les esprits, curieusement absente. Sinon, ceux qui ne sont pas revenus des images s'y retrouveront en partie. Ces enfants qui se cachent dans des cartons ambulants - on finit même par jouer aux gobelets avec un nain. Le couple adolescent, magnifiques voix fumées, tenues par Stevan Andjelkovic et Milica Todorovic, choisis dans une fondation serbe pour le renouveau du terroir. L'intrigue ne change guère. Un garçon amoureux d'une fille, qui part en Italie pour se livrer, sous la tutelle d'un mafieux qualifié, à divers larcins. Et qui revient au pays pour retrouver sa promise, engrossée par un autre. Les meurtres et vengeances successives, le roman d'apprentissage par déraison. Et puis les Tziganes que Kusturica traite en général comme d'étranges animaux qui courent leur vie à s'insulter et s'embrasser, qui boivent chacun d'eux comme quatre, se marient et se trucident dans le même geste, avec force cuivres empilés pour que l'outrance s'achève en danse. Il les peint comme il se voit. En insoumis perpétuel et bandit de vieux chemin. Il a fait des Tziganes les ultimes tribus d'Europe que les frontières indiffèrent mais qui ne se trouvent bien que chez eux. En 1989, quand Kusturica sortait son film, la guerre de Yougoslavie n'avait pas eu lieu. Il l'insère donc, sur une télévision, par éclairs. Le ressentiment qu'il éprouve encore, Kusturica, auquel on a parfois reproché ses positions, c'est contre l'Ouest qu'il s'agite. «Cette vieille Europe qui nous a apporté la démocratie, FOX et MTV», chantent les rebelles. Là où la pellicule ne pouvait raisonnablement pas être incarnée, qu'à cela ne tienne, Kusturica fait descendre un écran géant. Il appelle les plans de son film, du fleuve enflammé, de la colombe-dindon arrachée au soleil et du village incendié. Il en profite aussi pour placer un western (Le Bon, la Brute et le Truand) et puis surtout Taxi Driver de Scorsese, de longues minutes, pour indiquer une cinéphilie et faire de cette première mondiale un acte autobiographique. Peu à peu, dans ce vacarme de comédie musicale et de soubassophone, quelque chose se déchiffre de la poétique chez Kusturica. Les toits de masures qui font des ailes d'oiseau en s'envolant dans le couchant. Et tous les macchabées de l'opéra suspendus à des filins, partis en ascension sur une musique de générique final. Une ovation debout pour cet homme-ours, arrivé de sa forêt pour avoir la joie d'y retourner. «Le Temps des Gitans», d'Emir Kusturica. Opéra de Paris. Jusqu'au 15 juillet. http://www.operadeparis.fr. |
(toutes les photos sont de Zeko)
Les répétitions pour l'opéra ont démarré à Küstendorf…
Aujourd'hui la troupe s'est offert quelques temps de repos pour traverser la frontière et visiter Višegrad, en Bosnie, là où se trouve le fameux … Pont sur la Drina.
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Les répétitions continuent dans la nouvelle salle de sport “Prokleta avlija” (La cour maudite, nom d'une nouvelle d'Ivo Andrić) qu'Emir Kusturica a récemment fait construire à Küstendorf.
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La troupe a fait les essayages des costumes de l'opéra sur les pelouses de Küstendorf. Nebojsa Lipanović s'est montré satisfait du résultat…
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Ce soir à 18h50 précise, j'ai rendez-vous à l'entrée des artistes de l'opéra Bastille avec Marie-Eve Signeyrolle, l'assistante de mise en scène. Pour me faire rentrer, elle me tend un badge “Dunja Kusturica”. Bon, je ne sais pas si j'ai le profil, mais ça me permet d'ouvrir les portillons électroniques. Après avoir traversé un dédale de couloirs, nous arrivons sur un gigantesque plateau, réplique réelle de la scène. Le volume a beau être impressionnant, le désordre l'est tout autant. Il y a des instruments de musique partout ! Petit à petit les gens arrivent.
Michel Amathieu est déjà là, un casque sur les oreilles, à écouter les musiques sur son Blackberry. Un musicien répète au piano, tandis qu'Ivica gratouille sa guitare.
On amène un chien. A partir de maintenant, plus rien ne me surprend, de toute façon. On lui tend une gamelle d'eau. J'entends à côté de moi : ”Il a mordu son maître, hier - Un chien, ça ne mord pas son maître ! - C'est pas un chien, lui, c'est un acteur ! Il joue dans l'opéra…“
Au fond de la scène, une corde est tendue entre deux poteaux. Un ballon qui traîne, et une partie de foot s'improvise entre acteurs et musiciens. ”La partie de foot traditionnelle…” me commente Marie-Eve. ”Chaque jour, ils commencent par une petite partie de foot pour s'échauffer.” L'équipe s'agrandit, et tous viennent taper dans le ballon. Une contrebasse a rejoint le piano, et Emir tire des pénalties. Il comence à y avoir beaucoup de monde. Soudain, sur un signe invisible, tout le monde se met en place, on fixe les micros, on arrête de parler.
Emir Kusturica assis au milieu devant la scène donne le départ de la répétition du jour. Musique… Une baignoire portée par 4 acteurs et suivie par une fanfare, amène Perhan fumant le cigare, et distribuant des billets… Pas de doute, on ne s'est pas trompé de répétition ! ”Stop ! Stop ! Stop !…” Ca ne va pas… Qu'est-ce qui ne va pas ? Impossible de comprendre. Toutes les indications sont données en serbe. Les techniciens et assistants français n'ont qu'à deviner. On redémarre, on observe ce qui change. Ah oui, c'était ça. On refait la scène, encore, encore, encore, puis on avance… Dr. Nele Karajlić fait des aller-et-retour entre Emir et les comédiens. Dejan Sparavalo détend l'atmosphère en faisant le pitre. Emir aussi y va de ses ”Hey ! This is not my job !…”, d'une voix nasillarde, pour mettre en boîte Neša, son costumier préféré…
Pause boisson-cloppe-sandwich. Le match de foot peut reprendre… On discute décors, lumière, figurants. On répète une chanson, on rallume les portables, on réajuste les micros avec du sparadrap.
Avant de redémarrer, Michel Amathieu veut régler le problème des incrustations. Il faudra refilmer Perhan pour l'incruster dans les images du film… OK, mais dans cette image, il a un dindon dans les bras. Bon, il faudra louer un dindon. Où est-ce qu'on peut trouver des dindons à Paris ? Dans les animaleries des quais ? Où est la ferme la plus proche de paris ?…
On joue la scène suivante. Emir monte à côté de Perhan, mime les gestes qu'il doit faire, revient s'assoir, donne le go, la musique repart. On est bien sur le tournage d'un Kusturica… Mais où sont les caméras ???
A côté de moi, j'entends : ”Ils font quelle scène, là ? Tu as suivi, toi ? - This one”, indique Azra en désignant une feuille volante. ”Ah, je ne l'ai pas dans mon classeur, celle là. C'est encore une nouvelle scène qu'il a rajoutée…”. On parlemente, on négocie. Emir crie : ”this is not my job !” Hilarité générale… Stribor quitte son siège derrière la batterie pour se dégourdir les jambes, Dejan baille aux corneilles. Čeda s'envoie un litre d'eau. Bon, on la refait.
”Tomorrow, I want the scene with the taxi…” demande Emir à l'accessoiriste. Ca n'a pas l'air gagné. Les décors ne sont pas terminés. Bon, OK, on va essayer.
Il est déjà près de 22h. Je n'ai pas vu le temps passer, mais tout le monde a l'air bien fatigué. Il reste du travail, mais quelle belle aventure !…
J'ai de nouveau rendez-vous pour voir les répétitions. Cette fois-ci, c'est sensé être pour le premier filage, avec les accessoires et les costumes, sur la scène principale…
Marie-Eve me fait rentrer et me met tout de suite au parfum : ”bon, on est un peu en retard, on ne fera pas la répétition en entier, on doit encore travailler les scènes à Milan…”. Tout va bien, on n'est qu'à 9 jours de la générale. Mais cependant, les répétitions ont tout de même lieu sur la scène principale… Dans le dédale de couloirs, on croise un pope, une mariée, un nain habillé en mafioso, un jongleur… Tout le monde s'extasie devant les costumes, les uns des autres. On traverse les coulisses - des hangars plutôt - et au détour d'un grand rideau noir, je tombe nez à nez devant un dindon géant ! Nous sommes donc sur la bonne piste… A moins que je ne sois déjà dans le rêve de Perhan ?
Je m'assois dans l'immense salle pendant que les figurants, les acteurs et les musiciens prennent place. Pas de match de foot ce soir, apparemment, le niveau de stress a monté d'un cran. Alors que tout le monde semble prêt, des problèmes de micro empêchent de démarrer. Emir s'enerve. Le temps compte, chaque minute est désormais cruciale : dorénavant, les répétitions ont lieu sept jours sur sept, de neuf heures du matin à onze heures du soir !
Emir Kusturica, assis dans le noir de la salle vide communique au micro et sa voix tonne dans les hauts-parleurs. De la scène personne ne peut le voir, mais tout le monde l'entend ! A chaque fois, c'est un peu comme si c'était Dieu qui parlait… Marie-Eve court sur scène, parle et traduit aux acteurs et aux figurants. Elle donne le top au chef d'orchestre : ”Maestro, musique molim !”. Et la magie s'opère…
Nelle débarque dans sa caravane, Dejan traverse la scène en segway, des gendarmes en rollers et girophare courent dans tous les sens… l'opéra Bastille semble trop petit pour contenir la folie de la mise en scène !
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